Clinique 2.0 (III) : Phallus

Phallus

Je vais reprendre là où je vous avais laissé la dernière fois, c’est-à-dire la question du phallus.Il n’y a que de rares occurrences du terme phallus dans l’œuvre de Freud. J’en retiens deux :

  • 1923, « L’organisation génitale infantile » : « Le caractère principal de cette organisation génitale infantile est en même temps ce qui la différencie de l’organisation génitale définitive de l’adulte. Il réside en ceci que, pour les 2 sexes, un seul organe génital, l’organe mâle, jour un rôle. Il n’existe donc pas de primat génital, mais un primat du phallus ».

Freud indique ainsi que ce n’est pas le pénis, l’organe masculin qui prime, mais ce qu’il désigne du nom de phallus, en tant que le phallus est de tout temps, et dans toutes les régions du monde, est une représentation figurée, et souvent démesurée, de l’organe mâle en érection. Le phallus représente donc la fonction symbolique attribuée à l’organe anatomique.

  • 1927,  » Le fétichisme » : « Le fétiche est le substitut du phallus de la mère auquel a cru le petit enfant et auquel il ne peut renoncer ».

Freud emploiera plus volontiers le terme de stade ou phase phallique, qui fait suite aux stades oral et anal. La genèse de cette approche se trouve déjà dans « Les 3 essais », nous nous en contenterons pour notre propos aujourd’hui.

A propos des « Manifestations de la sexualité infantile », Freud met en avant le suçotement comme toute première manifestation sexuelle de l’infans. Dans un état de dépendance totale à l’Autre, en l’occurrence en général la mère, le petit enfant connaît les premières satisfactions par l’allaitement, dont il reproduit la sensation de plaisir par la stimulation de la bouche. Les lèvres sont ainsi la première zone érogène, et Freud de noter sa prépondérance dans le tabagisme, l’alcoolisme, mais aussi de la boulimie, et par refoulement, de l’anorexie. N’oublions pas non plus, que le baiser constitue les prémisses de toute relation sexuelle adulte.

Vient ensuite l’apprentissage de la propreté et l’activation de la zone anale. Au-delà de la maîtrise de la défécation, l’enfant apprend la valeur toute symbolique des fèces, qui constituent après le sein, le deuxième objet libidinal. Seconde zone érogène, l’anus peut faire l’objet de nouvelles satisfactions sexuelles infantiles : ainsi de l’excitation provoquée par les troubles intestinaux, par la constipation., etc. Les fèces, outre l’emprise « sadique », constate Freud, qu’ils permettent à l’enfant d’exercer sur son entourage ; apportent également leur valeur symbolique de cadeau à la mère, et sont à l’origine de cette très fréquente théorie sexuelle infantile, de naissance par l’anus.

Dans les « 3 essais », Freud n’aborde pas directement la phase phallique, mais en quelque sorte sa préhistoire, à propos de la masturbation infantile qu’il divise en 2 phases.

La première phase de masturbation infantile concerne le nourrisson, dont la zone génitale est excitée par les sécrétions, et les soins spécifiques qui y sont apportés : « Il est inévitable que la sensation de plaisir que cet endroit du corps est capable de procurer se fasse déjà sentir chez le nourrisson et éveille le besoin de sa répétition ».

La seconde phase de masturbation infantile interviendrait vers la 4ème année, note Freud, avec le « réveil » de la pulsion sexuelle de la zone génitale, et qui persiste jusqu’à ce qu’elle soit réprimée. Cette répression de l’onanisme infantile pourrait être, pour Freud, à l’origine de la période de latence qui précède la puberté.

La phase phallique elle-même est abordée plus tard par Freud, notamment donc dans l’article « L’organisation génitale infantile » de 1923 : « L’on ne peut apprécier à sa juste valeur la signification du complexe de castration qu’à la condition de faire rentrer en ligne de compte sa survenue à la phase du primat du phallus ». Originairement, pour le petit enfant, tous les êtres humains sont dotés d’un pénis-phallus. La découverte de la différence anatomique des sexes, laisse cependant encore espérer à la petite fille, que l’appendice clitoridien pourrait encore pousser. La mère à ce moment reste dotée du phallus.

Et c’est la découverte de la castration maternelle qui engage définitivement l’enfant dans la phase phallique. Dès lors, l’humanité se répartie entre ceux dotés de l’organe masculin, et ceux qui sont châtrés. Pour autant, le primat du phallus persiste dans les 2 sexes, comme manque : une femme est symboliquement (pour l’homme) le phallus, sans l’avoir ; un homme n’est pas le phallus, mais il n’est pas sans l’avoir symboliquement (pour la femme). Dit autrement, la femme attend le prince charmant (qui se consacrera à son amour), et l’homme cherche la femme idéale (qui le comblera sexuellement) : mission impossible, une des interprétation possible de cette assertion de Lacan : « Il n’y a pas de rapport sexuel« .

Jacques Lacan tient une conférence le 9 mai 1955 à Munich, en allemand : « Die Bedeutung des Phallus », soit en français : « La signification du phallus », paru dans « Les écrits ».

Il commence par un commentaire de Freud : « L’assomption par l’homme de son sexe (se fait) à travers une menace », celle de la castration donc, et aussi « La relation du sujet au phallus s’établit sans égard à la différence anatomique des sexes« .

Puis, il revient sur sa passion du signifiant : « Ce n’est pas seulement l’homme qui parle, mais dans l’homme et par l’homme ça parle », autre façon d’affirmer que « L’inconscient, est structuré comme un langage ».

Dans ce cadre, d’un sujet façonné dans les dessous de sa parole adressée à l’Autre, le phallus est un signifiant particulier. Le phallus n’est ni un fantasme ou objet imaginaire ; ni un objet partiel, qu’il soit interne, externe ou réel ; ni un organe, pénis ou clitoris, qu’il symbolise néanmoins en un simulacre. Le phallus est un signifiant privilégié, en position d’exception par rapport aux autres signifiants, mais qui régit néanmoins tout l’ordre du signifiant, car le phallus est le signifiant du désir.

Du fait qu’il parle, l’homme est aliéné par le langage dans sa demande à l’Autre : la sexualité humaine s’est affranchie des schèmes comportementaux des animaux, il lui faut en passer par la parole, soit, nous dit Lacan : « C’est du lieu de l’Autre qu’est émis la demande ». C’est ainsi que le sujet, en tant que sujet de l’inconscient, est divisé par la parole, qui ne s’entend que du lieu de l’Autre.

Quel est le statut de cette demande adressée à l’Autre. Dans un premier temps, la demande du petit enfant porte sur autre chose que la satisfaction de ses propres besoins, c’est une demande à l’Autre, en deçà des besoins, une demande d’amour adressée à la mère.

Plus tard, l’adresse à l’Autre se situe au-delà de la demande, au niveau du désir, qui ne concerne ni la satisfaction de besoin, ni l’amour : « Le sujet comme l’Autre, pour chacun des partenaires de la relation (sexuelle), ne peuvent se suffire d’être sujet du besoin, ni objet de l’amour, mais qu’ils doivent tenir lieu de cause du désir ».

Avec le complexe de castration, qui introduit la loi du père, l’enfant apprend que la mère n’a pas le phallus. Le phallus apparaît ainsi comme signifiant du manque du phallus de la mère, soit « comme signifiant de son manque possible ». Aussi, le phallus ne peut jouer son rôle que voilé, supposé imaginairement par le sujet : « Telle est la femme derrière son voile, c’est l’absence de pénis qui la fait phallus, objet de désir » (« Subversion du sujet et dialectique du désir »).

A défaut d’avoir le phallus, il s’agit de la faire subsister dans le simulacre, pour le protéger chez l’homme, pour en masque le manque chez la femme : « ce qui a pour effet de projeter entièrement les manifestations idéales ou typiques du comportement de chacun des sexes, jusqu’à la limite de l’acte de la copulation, dans la comédie ».

En 1957, dans « Subversion du sujet et dialectique du désir », paru dans « Les Ecrits », Lacan ordonnera le phallus dans 3 dimensions :

  • -ɸ : objet imaginaire de la castration
  • ɸ : signifiant du désir, dans le symbolique
  • Réel de la jouissance sexuelle, phallus comme signifiant de la jouissance.

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