Olivier Douville / Psychanalyse: Chronologie des années troubles (1933-1939)

Pour informer les esprits raisonnables

1933 
Allemagne : Le 30 janvier, Adolphe Hitler est élu chancelier du Reich.
Février : Incendie du Reichstag à Berlin. M. Eitingon et S. Freud maintiennent l’existence de l’Institut psychanalytique de Berlin. Edith Jackson, membre de la DPG (Deutsche Psychoanalytische Gesellschaft), entre en résistance. Le 7 avril 1933 : Promulgation de la loi sur les ordonnances d’aryanisation des comités d’organisation nationale. Le 22, les médecins non-aryens sont exclus des caisses d’assurance maladie, la psychanalyse est attaquée comme « science juive ».

Le 6 mai, dans le fil des consignes d’aryanisation, F. Boehm et C. Müller-Braunschweig — par ailleurs « analyste didacticien » du fils de M. Göring, Ernst — proposent une aryanisation de la présidence de la DPG — ce dernier se donnera pour tâche de rendre conforme l’idéologie de l’institution au régime national-socialiste. La majorité des membres refuse cette modification (huit contres, cinq abstentions, deux pour).

Le 10 mai, les livres de S. Freud sont brûlés par les nazis, avec ceux de beaucoup d’autres auteurs, dont S. Zweig, B. Brecht et M. Hirschfeld. On entend proférer : « Contre la surestimation dégradante de la vie pulsionnelle ! Pour la noblesse de l’âme humaine, j’offre aux flammes les écrits d’un Sigmund Freud ! ». Le 18 novembre, Boehm et Müller-Braunschweig prennent la présidence de la DPG.

Le 22 mai : Mort de S. Ferenczi à Budapest. Freud répond à la lettre de condoléances de Jones : « Oui nous avons toutes les raisons de nous faire des condoléances. Notre perte est grande et douloureuse. Elle fait partie d’un changement qui renverse tout ce qui existe pour faire place à ce qui est nouveau. Ferenczi emporte avec lui une partie du passé (…) avec ma mort s’instaureront d’autre temps qu’il vous sera donné de connaître. Destin. Résignation. C’est tout. »

Le 28 mai Freud écrit à Oskar Pfsiter, « Notre horizon est très assombri par les événements d’Allemagne. Trois des membres de ma famille… sont à la recherche d’un nouveau foyer et n’en ont pas encore trouvé. La Suisse ne fait pas partie des pays d’accueil. Je n’ai guère sujet de changer mon jugement en ce qui concerne la nature humaine, spécialement l’aryano-chrétienne ».

Freud écrit le 10 juin : « L’Allemagne est la pire cellule de la gigantesque prison qu’est devenu le monde […] Ils ont commencé en prenant le bolchevisme pour leur mortel ennemi, mais ils finiront comme eux — à ceci près que, malgré tout, le bolchevisme a adopté des idéaux révolutionnaires alors que ceux de l’hitlérisme sont purement médiévaux et réactionnaires. »


Sur la demande pressante du père d’une patiente, il adresse un de ses livres dédicacés à B. Mussolini, Freud choisit le texte co-écrit l’année précédente avec A. Einstein, Pourquoi la guerre ? et le dédicace « A Benito Mussolini, avec le salut respectueux d’un vieil homme qui reconnaît en la personne du dirigeant un héros de la culture. Vienne, 26 avril 1933. » Tenue pour une marque d’ironie par beaucoup, cette dédicace suffit à certains révisionnistes pour faire de Freud un adepte du fascisme.
Après la démission de Kretschmer, le 6 avril, de l’Allgemeine Ärztliche Gesellschaft für Psychotherapie (Association générale médicale de psychothérapie Allemagne, 1926), tombée sous le contrôle des nazis C. G. Jung accepte, le 21 juin, la présidence de l’association internationale (il en était vice-président depuis 1930). Kretschmer qui pousse Jung à rester, pensant qu’un Suisse serait plus à même de résister aux pressions des nazis, refuse l’ensemble des décrets dits « Gleichschaltung » qui ne tolère la poursuite du mouvement psychanalytique qu’à la condition d’en révoquer toute terminologie droite issue des travaux de Freud.

En septembre se constitue  la Société allemande de médecine psychothérapeutique, branche nationale de l’AAGP. Les psychothérapeutes, encouragés par Hermann Göring, placent à leur tête Mathias Heinrich Göring, neuropsychiatre à Wuppertal qui explique qu’une étude approfondie de Mein Kampf est attendue de tous les membres, ce texte devant constituer la base de leur travail. Göring, autrefois assistant de Kraepelin puis séduit par les thèses adlériennes s’inspire de la psychologie jungienne et a le projet d’en faire le creuset d’une nouvelle forme de psychothérapie centrée sur la supériorité de l’âme germanique. Jung commence à publier des textes en phase avec l’idéologie nazie dans le Zentralblatt « aryanisé » dont il est le nouveau directeur de publication. En décembre paraît la nouvelle formule du « Zentralblatt fur Psychotherapie » éditée par la société désormais présidée par Jung qui, résidant en suisse, à Zurich, supervise de loin la réalisation de l’édition internationale et inclut son éditorial dans lequel il prend soin d’insister sur le caractère scientifique et apolitique de la revue. Il n’empêche, que dès le premier exemplaire imprimé en Allemagne, à Leipzig, Jung constate que sa signature voisine avec celle du Dr Göring, lequel enjoint à ses lecteurs à se reporter au Mein Kampf de Hitler où ils trouveront les bases d’une meilleure connaissance des comportements humains. Jung, dans l’éditorial (Geleitwort) du Zentralblatt, 6, 1 écrit « Les différences qui existent, et d’ailleurs sont reconnues depuis fort longtemps par des gens clairvoyants entre la psychologie germanique et la psychologie juive ne doivent plus être effacées, la science ne peut y gagner ». Une critique cinglante des propos de Jung paraît en février de l’année suivante sous la plume du psychiatre et psychanalyste Gustav Bally (1893-1966), ami de Binswanger, dans la Neue Zûrcher Zeitung (Le Nouveau Journal de Zürich).

La tentative de destruction de l’universalisme de la psychanalyse s’inscrit ici en net parallèle avec l’évolution, en Allemagne de la « Psychologie des peuples » discipline brumeuse entre anthropologie, psychologie et biologie, initiée par Wundt. Son disciple, le psychologue Felix Krueger (1874-1948), renforce la substantialisation de l’identité culturelle en alourdissant le climat ethniciste qui en Allemagne règne dans les recherches en sciences sociales dès les années 1920. Krueger délaissera toute prudence dans la terminologie, fondant dans un même agrégat le biologique, le sociologique et la psychologique au profit de notions troubles tels l’esprit ethnique ou la collectivité ethnique. Ultérieurement et tout à fait en phase avec l’idéologie du Troisième Reich, le médecin et homme politique Willy Hellpache (1877-1955) qui fut pendant une courte période ministre des Affaires culturelles en Bade durant la république de Weimar, considère l’ethnie comme un tout biologique, revendiquant alors une rupture avec la prudence de Wundt. Hellpache était connu des psychanalystes pour ses tentatives de réfutation de la Traumdeutung, comme en témoignent des courriers échangés avec Freud dans les années 1903 et 1904. Les nazis chargeront l’armée de diriger des recherches en psychologie des peuples lors de la confrontation armée avec la Russie.

Finalement, Matthias Göring accepte la démission de Jung au bout de la troisième fois, le 12 juillet 1940. Jung dira toujours qu’il avait accepté cette présidence pour mieux protéger les thérapeutes juifs et non juifs. Ce statut international mis en place avec le concours de l’avocat zurichois Vladimir Rosenbaum, leur permettant, provisoirement, de continuer à exercer. Il tentera de s’expliquer dans son Journal : « Je me suis trouvé confronté à un conflit moral. Devais-je, prudent et neutre, me retirer en sécurité de ce côté-ci de la frontière, vivre en toute innocence sans m’impliquer, ou devais-je — comme j’en étais bien conscient — risquer d’être attaqué, risquer l’inévitable incompréhension à laquelle n’échappe pas celui qui, pour des raisons d’ordre supérieur, est entré en relation avec le pouvoir politique en Allemagne aujourd’hui ? »

Plusieurs psychanalystes d’origine juive de l’Institut de Berlin vont s’installer à Prague. Parmi eux : F. Deri, S. Bornstein, A. Reich (la première épouse de W. Reich). Plus tard, O. Fenichel les rejoindra. Début de l’émigration massive des psychanalystes allemands vers l’Argentine, l’Angleterre et les États-Unis.
La journaliste et opposante au nazisme Charlotte Beradt (1901-1986) commence l’entreprise colossale qu’elle mène jusqu’en 1939 à Berlin de noter les rêves d’hommes et de femmes ordinaires et montre à quel point le nazisme détruit aussi la vie intime de chacun. Son livre parut en 1966 en Allemagne, et deux années plus tard aux U.S.A.

Bien que les références à la théorie freudienne du rêve restent discrètes et allusives, des psychanalystes et philosophes ont préfacé ou postfacé ce texte humainement bouleversant et d’un grand intérêt pour situer la prise du politique sur les subjectivités, dont Bruno Bettelheim, Gilles Gantheret, Martine Lebovici.

Argentine : le poète Xavier Boveda propose à Freud de se réfugier en Argentine. Ce dernier décline l’invitation, prétextant sa mauvaise connaissance de la langue espagnole. Boveda est l’animateur du mouvement Ultraïsme. Ce courant est situé à la rencontre de divers mouvements d’avant-garde dont le futurisme, le cubisme, le dadaïsme. Il fut lancé par un groupe de poètes, vers 1918, dont outre Bovéda, César A. Comet et Pedro Garfias. Ce mouvement a été propagé par de nombreuses, mais éphémères revues en Espagne et en Amérique Latine (par exemple Los Contemporàneos, au Mexique). Sa filiation française sera le créationnisme représenté par François Réverdy.

1934
Août : 13e congrès de l’IPA à Lucerne le 26 août, le premier à se tenir sans Ferenczi (président : E. Jones) et qui marque aussi le départ de Reich. À cette date, 24 des 36 membres des Instituts Psychanalytiques ont quitté l’Allemagne. Lors de congrès Jones remarque que « dans ces dernières années, la Société allemande a perdu, du fait de l’émigration, presque la moitié de ses membres ». À la suite de ce congrès, Anna Freud remercie Jones de ne pas voir mélanger la psychanalyse avec des activités politiques. La « gauche freudienne » est directement visée. Continuant à commenter l’actualité politique de l’Allemagne avec la même cécité, elle souligne que le gouvernement nazi ne s’en prend nullement à l’activité psychanalytique, et que les 25 membres qui ont quitté la Société psychanalytique de Berlin l’on fait parce que juifs et non pas parce que psychanalystes.
Jung va encore plus loin cette année-là et troque sa perception différentialiste contre une perception inégalitariste et clairement antisémite, affirmant la supériorité de l’inconscient aryen sur l’inconscient juif dans un article paru dans le Zentralbaltt « Sur la situation actuelle de la psychothérapie » (« Zur gegenwärtigen Lage der Psychotherapie », Zentralblatt für Psychothérapie, VII (1934), p.1-16.). Cet article déclenche les réactions hostiles du collègue suisse de Jung, le psychiatre binswangérien Gustav Bailly et de son élève Gerhard Adler. Walter Benjamin, pour sa part, écrit à Gershom Sholem, à propos de Jung : « L’étude de ses volumes d’essai du commencement des années trente m’apprend que ces services d’assistance au national-socialisme avaient été préparés de longue date ». Jung proteste ainsi, dans son article « Zeitgenössisches » (« Ce qui est contemporain ») : « Faudrait-il vraiment penser qu’une tribu qui traverse l’histoire depuis des milliers d’années en tant que peuple élu de Dieu n’ait été amenée à une telle idée par une disposition psychologique particulière ? ».

Scandinavie : Affiliation de deux sociétés scandinaves, l’une finno-suédoise (fondée par Yrjö Kuloveski et Alfhild Tamm), l’autre dano-norvégienne. Alfhild Tamm est la première médecin psychiatre de Suède à prendre compte de l’ensemble de la théorie freudienne. Engagée dans la psychiatrie de l’enfant à l’école, ayant publié en 1916 un livre sur ce sujet où se réfère à Freud et à Stekel, elle participe à maints débats, toujours à la pointe de la lutte pour la reconnaissance de la psychanalyse. L’entrée de la psychanalyse en Suède se fera bien davantage autour des questions de protection de l’enfance et de psyho-pédagogie qu’autour de la psychiatrie et de la psychopathologie, comme en témoigne le court séjour de Ludwig Jekels en Suède. Tham, membre de la Société psychanalytique de Vienne dès 1926, fait appel à Freud pour qu’il dépêche un psychanalyste à Stockholm. Jekels s’installe pour trois années repartant déçu et très critique au sujet du monde psychanalytique suédois, déplorant le manque de motivation à apprendre ce qui fonde en raison la théorie de Freud. Il considère que la plupart des praticiens, médecins et thérapeutes, ne veulent retenir de la psychanalyse que ce qui pourrait leur servir de complément technique non essentiel dans leur pratique. Cette même année, sortent en Suède deux livres qui portent des critiques rudes à l’édifice freudien. D’une part, Bord Gadeliux, psychiatre très connu alors, développe dans Croyance et guérison une étude critique de la psychanalyse présentant une thèse selon laquelle le complexe d’Œdipe serait éventuellement actif chez les gens du sud et les juifs, mais n’aurait aucune place dans l’âme scandinave. Un philosophe très lu, Westermarck, entend prouver dans un livre que les fondements sociologiques et socio-anthropologiques du complexe d’Œdipe et de la horde primitive sont totalement erronés. Enfin, on trouve dans les librairies la traduction du livre de Joseph Jastrow, The house that Freud Build qui annonce la mort imminente de la psychanalyse (cf. année 1932).
Poul Bjerre radicalement éloigné de la pensée freudienne finit par proclamer que les trois livres fondamentaux pour la formation et l’exercice de la psychothérapie sont L’interprétation des rêves de Freud, le Sommeil provoqué de Liébault et… Mein Kampf de Hitler.

1935
Allemagne : Jones, président de l’IPA soutient la politique dite de « sauvetage de la psychanalyse » qui consiste à exiger la démission des membres juifs de la Deutsches Psychoanalytical Gesellschaft. Par solidarité avec les démissionnaires forcés, un seul non-juif, Bernhard Kamm démissionne de la DPPG, il s’exile alors à Topéka (Etats-Unis, Texas) où il travaillera à la clinique Meininger en compagnie de nombreux psychanalystes que le nazisme a chassés d’Europe.
Des psychanalystes sont arrêtés par les nazis parce que soupçonnés d’être communistes ou parce que, comme Édith Jacobson, militante anti-nazie qui, arrêtée en octobre 1935 et condamnée pour « préparation de haute trahison » à deux ans et demi de réclusion criminelle, réussit à s’évader en 1938, ils refusent de donner des renseignements aux autorités sur leurs patients, la réaction de la Société psychanalytique allemande fut de considérer qu’un patient politiquement engagé ne pouvait être pris en cure psychanalytique.

1936
Allemagne : Saisie de tous les biens du dépôt de la Verlag à Leipzig par la Gestapo (le 28 mars), ils seront entreposés et conservés par les autorités nazis. L’Institut de Psychanalyse de Berlin disparaît en tant qu’organisme indépendant. En mars 1936, les psychanalystes encore présents en Allemagne furent intégrés dans le « Groupe de travail A » de ce qui était devenu l’Institut Göring et contraints de démissionner en mai de l’API. Au début de l’été, M. H. Göring met sur pied à Berlin un Institut allemand de recherche psychologique et de psychothérapie (Institut Göring). L’Institut et certains de ses membres entretenaient des relations avec la jeunesse hitlérienne, la ligue des jeunes filles d’Allemagne, le bureau de police criminelle du Reich, le S.S.-Lebensborn (Source de Vie), ainsi qu’avec des membres de la hiérarchie nazie.
Les « freudiens » qui collaborent dans cet institut (une vingtaine) ne s’opposent pas à la destruction minutieuse de tout le vocabulaire de la psychanalyse freudienne. Ils refuseront de soigner les patients juifs, lesquels étaient envoyés dans les camps. Karen Horney donne une conférence dans cet institut sur « le besoin névrotique d’amour ». Göring se montre ravi de ce qu’il entend comme l’antifreudisme de la conférencière. L’année suivante, Horney écrit à une collaboratrice de son éditeur pour qu’elle envoie un exemplaire de son dernier livre à Göring « The most influential man as to a German edition! ».

Thomas Mann publie Freud et la pensée moderne.

Argentine : Une des plus sérieuses revues littéraires argentines, Sur, rend hommage à Freud.

Autriche : Le 8 mai, lendemain de l’inauguration de l’Institut de psychanalyse de Vienne (Wiener Psa. Inst.), et de l’Ambulatoire par Jones, au Bergasse, célébration des 80 ans de Freud. La célébration est confiée à Thomas Mann et à Ludwig Binswanger. Joan Rivière lui rend hommage à cette occasion en présentant un texte où elle tente de conjoindre les thèses de Klein à celles de Freud « La genèse du conflit psychique dans la toute petite enfance ». Thomas Mann prononce à l’Akademischer Verein fûr Medizinische psychologie (Union académique de psychologie médicale) sa conférence « Freud et l’avenir » (Extraits : « Le courage impavide de la vérité qui constitue la moralité de la philosophie psychanalytique s’est d’abord présenté à moi dans le pessimisme d’une métaphysique à laquelle les sciences de la nature fournissaient déjà les armes les plus puissantes ». « Et voici qu’en terminant les traits vénérables de cet homme que nous célébrons viennent se fonder en ceux du vieux Faust que son destin “pousse à exclure de ce rivage la mer orgueilleuse, à restreindre les limites de l’étendue humide” »).

Freud est trop affaibli pour assister aux cérémonies. Le 14 juin, Mann lira sa conférence dans la maison de vacances du psychanalyste. Un manifeste collectif affirmant « qu’on ne pourrait plus exclure l’œuvre audacieuse de Freud de notre univers intellectuel » et signé de Herman Broch, Salvador Dali, André Gide, Paul Klee, Thomas Mann, W. Somerset Maugham, Robert Musil, Pablo Picasso, Romain Rolland, Bruno Walter, H. G. Wells, Virginia Woolf, Stefan Zweig et de plus de 180 autres écrivains et artistes est adressé à Freud à l’occasion de son anniversaire. Le poète hongrois Attila Jozsef écrit un poème, extrait : « Ce qu’au fond de ton cœur tu caches va s’étaler devant tes yeux ; et ce sur quoi tes yeux s’attachent en ton cœur va trouver son lieu ».
Otto Isakower (1899-1972), médecin, psychiatre et psychanalyste qui a travaillé à Vienne dans le service de Julius Wagner-Jaurregg avec Paul Schilder, publie un article décisif sur la psychopathologie du phénomène d’endormissement ». Il s’agit de proposer des observations faites tant sur des personnalités « normales » que « pathologiques » à propos d’états hypnagogiques et qui offre des aperçus sur les sensorialités les plus précoces, de telles sensations rendant présents le temps d’une illusion qui prend au corps « les objets perdus et les mondes engloutis ». Isakower fuira Vienne, à l’arrivée des nazis, pour Londres puis New York, en 1940.

États-Unis : Jung est fait docteur honoris causa de l’Université de Havard et participe à la Conférence sur les arts et les sciences pour le tricentenaire de l’Université. Franklin Delano Roosevelt (1882-1945), trente-deuxième président des États-Unis et président en exercice, diplômé de Havard, étant le conférencier d’honneur. L’année suivante, dans un entretien paru dans le quotidien britannique The Observer, « Psychologie de la dictature », Jung met sur le même plan Hitler, Mussolini et Roosevelt, tous trois ayant une « substance » similaire : « l’étoffe d’un dictateur ».

Tchécoslovaquie : Du 2 au 8 août, 14e Congrès international à Marienbad, en Bohème. Cette localité avait été choisie afin qu’A. Freud ne soit point trop éloignée de son père en cas d’urgence. À ce congrès, le groupe tchèque sera officiellement reconnu par l’IPA. C’est aussi à ce congrès que Lacan présentera le 3, son Stade du miroir (interrompu avec une exactitude chronométrique toute anglo-saxonne par C. P. Obendorf au bout du temps de parole alloué aux orateurs et qui était le même pour tous). Lacan ne donne aucun texte ou même argument pour l’établissement du rapport du congrès, il intègrera toutefois des pans de son exposé dans sa contribution à l’Encyclopédie française sur les « Complexes familiaux », publiée deux ans plus tard (1938). Après le Congrès, Lacan va en Allemangne visiter Berlin et assister les Olympiades, un des premiers événements de propagande en présence de Hitler à être retransmis par la télévision naissante et qui auront été la plus grande manifestation nazie à Berlin. Ernst Kris aurait dit à Lacan : « Ça ne se fait pas ». Marie Bonaparte et René Spitz, tous deux membres de la SPP, présentent au congrès de Marienbad des travaux l’une sur « Vues paléobiologiques et biopsychiques », l’autre sur la question de la répétition. Fenichel donne lecture du texte d’E. Jakobson, incarcérée à Berlin et en attente de son procès pour faits de résistance.

1937
1938
Le 2 mars Freud reçoit une lettre de S. Zweig à propos de son Moïse. « Les idées n’ont pas de véritable patrie sur terre. Elles flottent dans l’air entre les peuples, entre les hommes, et il n’y a pour ainsi dire pas de révélation, de foi, de religion, qui ne mélange ce qui lui appartient en propre avec ce qu’elle réutilise, tout comme il n’existe pas de création pure : tout ce qui est inventé est trouvé. » L’hypothèse centrale du livre selon laquelle Moïse aurait été égyptien rejoint une vielle thèse qu’on trouve déjà chez Schiller (Conférence à l’Université d’Iéan, 1789), qui fut professée un an auparavant par le philosophe kantien Carl L. Reinhold et qui remonte au point de vue du prêtre du dieu soleil Râ à Héliopolis et historien égyptien, Manetho (ou Manethon), qui, au 3° siècle avant l’ére chrétienne, le consigna dans sa volumineuse A i g y p t i a k a (l ’ H i s t o i r e d e l ’ E g y p t e). Le livre de Freud fait de la religion juive autre chose et plus qu’une illusion. Il y voit une construction qui nie le parricide et empêche son aveu. D’où des considérations portant autant sur le statut de ce qu’est un père que sur la question de l’identité juive et de l’antisémitisme.

Jeanne Lampl-de-Groot relate une entrevue entre Boehm, Müller-Braunschweig, Sigmund et Anna Freud, réunion à laquelle Freud lui avait demandé d’être présente « en tant que témoin non-juif. » Boehm voulait que l’Association Psychanalytique de Vienne rejoigne l’institut Göring de Berlin. Réponse de Freud qui quitte immédiatement après la salle de réunion : « Je ne veux et ne peux vous empêcher de faire ce que vous voulez, mais il n’est pas question de l’Association viennoise ». Un tel épisode n’est pas tout à fait clairement décrit par Jones.

Les nazis envahissent l’Autriche, le 12 mars. Le lendemain Freud écrit, sur une des grandes feuilles de papier qu’il a toujours eu sous la main « Finis Austriæ ». Il ne souhaite pas pour autant quitter Vienne. Franklin D. Roosevelt confie à John C. Wesley, le chargé d’affaires américain à Vienne, la mission d’assurer la protection de Freud. Des diplomates américains en poste dans d’autres capitales européennes font savoir à leurs collègues allemands que s’il arrivait qu’on manque d’égards à Freud cela entraînerait un scandale mondial. Benito Mussolini s’adresse à Hitler, à Berlin, pour lui demander de protéger Freud qui quatre années auparavant avait soigné une patiente italienne dont le père connaissait bien Mussolini. Freud se résout à quitter Vienne après que sa fille Anna et lui-même ont été personnellement inquiétés par les nazis. Des télégrammes s’échangent entre le Secrétaire d’État à Washington, Alexander Wiley, et l’ambassadeur des Etats-Unis à paris, William Bullit. Bullit négocie son départ, Marie Bonaparte paie la rançon exigée. G. Roheim s’exile aux USA et exerce la psychanalyse à New York.
Le 13 mars, la Société Psychanalytique de Vienne décide de se dissoudre et que « chacun, dans la mesure de ses possibilités devait fuir le pays et que le siège de la Société serait transféré là où Freud s’établirait. »

4 juin : Freud, sa femme et sa fille Anna quittent Vienne, à l’aube du 5 juin (3 heures du matin), par l’Orient Express. Dorothy Burlingham qui vivait avec ses quatre enfants dans l’appartement de la Bergasse, accompagne Freud dans l’exil et vivra avec la famille jusqu’à sa mort. Il laisse la ville où il a vécu 79 ans. Avant de quitter Vienne pour l’exil, Freud a choisi avec soin les quelque 800 livres qui formeront sa bibliothèque londonienne. À côté d’ouvrages et de revues scientifiques, il rassemble des histoires de l’art ou du judaïsme, mais aussi ses auteurs littéraires de prédilection : Shakespeare, Goethe, Gogol, Balzac ou Anatole France. Marie Bonaparte le reçoit à Paris. Bullit l’attend à la gare. Freud, Anna et Martha passent la journée dans la maison de la princesse, rue Adolphe Yvon (où sont conviés quelques psychanalystes français dont Lagache qui est présent et Lacan qui n’honore pas à cette invitation) et poursuivent leur voyage en ferry-boat la nuit suivante. À Londres, une grande foule attend Freud à Victoria Station. La revue The Lancet écrit : « Son enseignement a en son temps soulevé une controverse plus aiguë et un antagonisme plus amer que n’importe quel autre depuis celui de Darwin. À présent, en son vieil âge, rares sont les psychologues, de quelque école que ce soit, qui ne reconnaissent pas leur dette envers lui. Certains des concepts qu’il formula clairement pour la première fois se sont introduits subrepticement dans la philosophie actuelle en s’opposant au mur d’une opiniâtre incrédulité qui, comme il l’admet lui-même, n’est que la réaction naturelle de l’homme à une vérité insupportable ». Les Freud s’installent à Londres, à L’Esplanade Hotel avant de loger au 20 Maresfield Gardens (maison aujourd’hui, comme celle du 19 de la Bergaasse, à Vienne, transformée en musée). Malinowski compte au nombre des premières personnalités à accueillir Sigmund Freud dans son exil.

Sigmund et Anna Freud rejoignent alors la British Society. Freud confie à la BBC un enregistrement de sa voix : c’est un court message dans lequel lit un texte qu’il a commencé à rédiger en allemand et qu’il poursuit en anglais : « Dans ma quatre-vingt-deuxième année, j’ai quitté mon chez-moi à Vienne à la suite de l’invasion allemande et je suis venu en Angleterre où j’espère terminer ma vie dans la liberté [phrase en allemand]. J’ai commencé mon activité professionnelle comme neurologue essayant d’apporter un soulagement à mes patients névrosés, sous l’influence d’un ami plus âgé et dans mes propres efforts, j’ai découvert des faits nouveaux et importants concernant l’inconscient dans la vie psychique, le rôle essentiel des motions pulsionnelles, etc. De ces trouvailles, naquit une science nouvelle, la psychanalyse, branche de la psychologie se définissant comme une nouvelle méthode de traitement de la névrose. J’ai payé cette chance à un prix très lourd. On refusait de croire aux faits que j’avais mis en évidence, on jugeait mes théories inconvenantes ; la résistance fut des plus fortes. Enfin, je réussis à me faire des disciples et à mettre en place une association psychanalytique internationale, mais le combat est loin d’être terminé [en anglais] ».

Après la confiscation de la Verlag, en mars 1936, on s’accorde avec un éditeur d’Amsterdam pour éditer le Moïse. Hans Sachs, qui avait une année avant l’accession d’Hitler au pouvoir quitté Berlin pour Boston en 1932 — où, didacticien, il ne fut pas toujours bien accepté en tant que non-médecin —, écrit à Freud, en mai, son souhait qu’au défunt journal Imago succède un journal de psychanalyse appliquée rédigé en anglais. Freud n’approuve pas ce projet, redoutant qu’il ne mette fin à tout effort pour continuer de publier en allemand des revues de psychanalyse. Il ne veut pas « que la lumière soit complètement éteinte en Allemagne ». Mais sa fille Anna et Ernest Jones le persuadent que ces préventions ne sont plus fondées. Freud propose alors un nom : American Imago que Sachs adopte d’emblée, il dirigera la revue qui paraît encore aujourd’hui jusqu’à sa mort.
Août : Freud rédige les dernières pensées de son Journal : « Mystique, l’obscure autoperception dans le règne extérieur au moi », « L’espace peut être la projection de l’extension de l’appareil psychique. Aucune autre dérivation n’est probable, à la place des déterminants a priori de Kant de notre appareil psychique. La psyché est étendue elle ne sait rien de cela ». Fin de l’écriture de l’Abrégé de psychanalyse.
Freud reçoit de nombreuses visites. Le 19 juillet, Stefan Zweig lui fait rencontrer Salvador Dali (1904-1979) qui fait son portrait — le début d’une série de trois. Dans sa lettre de remerciement à Zweig, Freud qui ignore que les surréalistes ont rompu avec Dali par eux surnommé « Avida Dollars », écrit : « Jusqu’alors, j’étais tenté de tenir les surréalistes qui apparemment m’ont choisi comme saint patron pour des fous intégraux (disons à 95 pour cent comme pour l’alcool absolu). Le jeune espagnol, avec ses candides yeux de fanatique et son indéniable maîtrise technique, m’a incité à reconsidérer mon opinion ». Il reçoit aussi Léonard et Virginia Woolf (1882-1941) qui le décrit comme « Un très vieil homme, recroquevillé et tordu avec des yeux de singe ».
Le 24 octobre, Freud écrit pour la dernière fois sans doute, à Yvette Guibert et à son mari : « Durant ces dernières années, j’ai été assez privé de n’avoir pu redevenir jeune l’espace d’une heure grâce au charme magique d’Yvette. »
Bruno Bettelheim (1903-1990) est arrêté par la Gestapo. Il sera interné dix mois et demi à Dachau puis à Buchenwald où il retrouvera Enst Federn. Hongrie : le 5 mars, la première loi anti-juive est proclamée par le Parlement hongrois. Hollos, qui est alors président de la Société psychanalytique hongroise prend des contacts avec ses collègues étrangers afin d’aider les psychanalystes hongrois à émigrer. Bak, Lendmann, Hann et Roheim émigrent aux États-Unis, le couple Balint part pour l’Angleterre, Gÿomroï émigre à Ceylan.
Italie : Le régime fasciste promulgue des lois raciales et la Soc. de Psychan. Ital. est dissoute. Obligé de se cacher, M. Levi-Bianchini vend la revue Archivio Generale de Neurologia, Psichiatra e Psicanalisi, au Père A. Gemelli, lequel la continuera à sa façon, remplaçant le signifiant « psychanalyse » par psychothérapie. En janvier de l’année suivante, Edouardo Weiss s’exile à Chicago. La vie psychanalytique refleurira en Italie bien après, au milieu des années 1940, avec la princesse Tomasi di Lampedusa (1895-1982), femme du grand romancier, formée à Berlin, Joachim Felsche qui fait de la revue Psicoanalisi l’organe officiel de la S.P.I, Piero Bellanova (1917-1987), écrivain du mouvement « futuriste » et psychanalyste, et le mathématicien spécialiste des espaces non euclidiens puis, psychanalyste d’enfant Cesare Muratti et également auteur en 1975 de la meilleure traduction de textes de Freud en italien.

1939
Hitler entre en Tchécoslovaquie. Les psychanalystes qui s’y étaient établis émigrent massivement aux États-Unis (Franck, Kärpe, Löwenfeld, Windholz). Certains de ceux qui restent vont périr dans les camps de concentration : Ota-Brief à Buchenwald, Bondy avec toute sa famille à Auschwitz. T. Dozuskov, formé par O. Fenichel et A. Reich, va rentrer en clandestinité.
Allemagne : des « Instituts d’euthanasie » sont mis en place pour exécuter par des poisons violents, les malades souffrants de troubles psychiques, les aliénés criminels et les sujets visés par la législation raciste. Les artisans de la nouvelle médecine du Reich n’en finissent pas de programmer la destruction de la psychanalyse.

Autriche : La Société de Vienne propose sa dissolution ; les adresses de ses membres indiquent qu’ils ont quitté l’Autriche et s’étaient retrouvés pour vingt d’entre eux aux États-unis, les autres s’étant dispersés en Europe, l’un d’eux étant parti en Chine ; des soixante-neuf membres que comptait la Société de Vienne en 1937 (dernière année où fut publié un répertoire des membres), seuls trois d’entre eux résidaient encore à Vienne, en 1945. Aichhorn, après le départ en exil de Freud, organise avec Alfred Freiherr von Winterstein (1885-1958) des rencontres clandestines d’un petit groupe de professionnels intéressés par l’analyse malgré la surveillance étroite de la Gestapo. Winterstein n’étant pas selon les lois de Nuremberg considéré comme un « pur aryen » est interdit de pratique et consacre ces années d’inactivité professionnelle à la rédaction d’une biographie psychanalytique très fouillée et réussie de l’écrivain et peintre autrichien Adalbert Stifter (1805-1868, auteur du Château des Fous et de l’Homme sans postérité). Isidor Sadger, qui n’a pas quitté Vienne, disparaît en déportation dans le camp de Theresienstadt.

Chine : L’écrivain Shen Congwen (1902-1988) qui fut secrétaire du seigneur de la guerre Chen Quzhen, et à ce titre témoin de tortures et d’exécutions, puis une figure majeure de la littérature du 4 mai 1919, a publié en 1928 un livre Le Journal de voyage d’Alice en Chine, visant à ridiculiser les intellectuels chinois séduits par l’Occident. Il n’en est pas moins perméable à tout un courant de vulgarisation des thèses de Freud (on trouve de nombreux articles dans des revues telles L’Etudiant, Le Lycéen, etc.) ce que reflète son roman Xiangxi qui, à partir d’une étude de la sexualité féminine, traite du suicide des femmes dans les grottes, en les expliquant à partir du refoulement des émotions et de la vie psychique au profit d’une adoration mortelle pour le Dieu des grottes. Un tel livre rend bien compte de la diffusion psychologisante du freudisme en Chine.

Adolf Josef Storfer, qui fait partie des dix-huit mille réfugiés germanophones à Shanghaï fonde la revue die Gelbe Post, qui, trait d’union entre ces émigrés de fraîche date, donne toutes les deux semaines des nouvelles du Vieux Monde et des sciences humaines dont la psychanalyse et la linguistique et fourmille d’informations sur la vie à Shangaï, l’histoire et la culture de la Chine, la politique au Japon, la situation en Mandchourie.
Le premier août, Freud ferme son cabinet. Le 19 septembre, il écrit sa dernière lettre, adressée à Albrecht Schaeffer, poète allemand et traducteur d’Homère, de Paul Verlaine et d’Oscar Wilde, lettre qui se termine par une citation d’un de ses poèmes : « Attendre ; attendre ». Le 23 septembre, à 3 h. du matin, mort de S. Freud, qui souffrait d’un carcinome verruqueux d’Ackerman, dans sa maison de Londres. À sa demande et avec l’accord d’Anna Freud, son médecin lui a injecté une dose mortelle de 3 centigrammes de morphine, à trois reprises. Il meurt avant minuit. Le dernier livre qu’il aura lu sera La Peau de Chagrin de Balzac dont il commente la lecture « C’était juste le livre qu’il me fallait ; il parle de rétrécissement et de mort par inanition. »

S. Zweig prononcera un hommage le 26 septembre. Les cendres de Freud reposent au crématorium de Golder’s Green, dans une amphore antique destinée à mélanger le vin et le miel.

À Paris, Le Figaro commente ainsi : « Nous ne savons ce que l’avenir réserve au pansexualisme de Freud. Il fut l’objet, en France comme dans le monde entier, d’un engouement qui n’a pas laissé un brillant souvenir. Le refoulement, les complexes, le jeu analytique des rêves ont mené souvent à une littérature et à des pratiques avilissantes. Si le freudisme a guéri des névroses, il apparaît aussi à beaucoup de psychiatres qu’il en a créé et qu’il a fait des victimes. » La Princesse Marie Bonaparte écrit, elle, dans Marianne : « Hélas ! parmi les persécutés par le barbare credo pangermaniste actuel, Freud fut l’un des plus visés parce que l’un des plus grands. La culture allemande est aujourd’hui exilée d’Allemagne, d’une Allemagne où ne retentit plus, depuis mois après mois déjà, que le bruit des bottes, le roulement des tanks ou des canons, le vrombissement des avions. Avec un Einstein, un Thomas Mann et d’autres, Freud, pourchassé dans sa pensée, ayant vu détruire ses livres par milliers, avait dû, l’an passé, prendre le chemin de l’exil. À quatre-vingt-deux ans il quittait sa patrie, Vienne, où s’était écoulée toute sa longue vie de famille et de labeur et, avec les siens, il s’établissait en cette libérale Angleterre qui gardera l’honneur d’héberger, après son dernier exil, ses cendres.

Les cendres de ce corps menu qu’anima une si haute flamme reposeront non loin des restes d’un Newton ou d’un Darwin. Et à juste titre : la hardiesse de ces trois grands génies fut égale, que l’esprit du premier se soit élancé vers les astres, du second vers l’évolution millénaire de la vie, du dernier enfin vers les abîmes insondés de l’âme humaine ».
Les quatre sœurs de Freud disparaîtront dans les camps de concentration nazis en 1942 et 1943. Adolfine à Theresienstadt, Rosa à Treblinka et Mitzi et Paula a Maly Trostinec.
On dispose aussi de quelques témoignages émouvants et vivants du peintre Lucian Freud, le petit-fils de Freud né en 1922 à Berlin, réfugié en Angleterre avec sa famille dès 1933 ; il décrit son grand-père, Sigmund Freud avec beaucoup de chaleur, même s’il reconnaît avoir très pu lu des textes du psychanalyste, se souvenant du plaisir que grand-père et petit-fils avaient à feuilleter et commenter le livre illustré Max und Moritz, parlant de la chaleur du rire d’un aïeul qui semble avoir accueilli favorablement la précoce vocation de peintre de Lucian encore adolescent.

Installé à Manchester, Michael Balint commence la formation des élèves de la société britannique. James Strachey est nommé éditeur de l’International Journal of Psycho-Analysis à la suite de la retraite de Jones.
Italie : La psychanalyse est dénoncée comme « science juive » ;
Lituanie : Le YIVO, groupe scientifique d’étude juive établi à Vilna s’apprête à commenter la part du livre de Freud L’homme Moïse et la religion monothéiste alors publiée.
Tchécoslovaquie : Dès 1938, la moitié des psychanalystes, sous la menace nazie, avait quitté le pays. En 1939, meurt Steff Bronstien, la seule psychanalyste confirmée à être restée à Prague.

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