Anna O., la surprise du transfert

Bertha Pappenheim

En allemand, übertragung de über, au-dessus et tragen, porter, supporter : soit, littéralement, porter-dessus. Dans la langue courante, employé pour transmission voire retransmission d’une émission de radio , mais aussi pour transcription, traduction, etc.

En français, transfert selon le Larousse, c’est l’action de transférer, de déplacer quelque chose ou quelqu’un : en Droit, le transfert de propriété par ex., en sport, le changement de club d’un joueur, etc.

L’expression « faire un transfert sur quelqu’un » est une expression assez courante depuis que certaines notions psychanalytiques se sont banalisées. De ce quelqu’un, il s’agit le plus souvent d’une personne en position de savoir : le médecin, l’enseignant, le politique, etc. ; mais aussi de en position de savoir faire ou de savoir y faire, comme le sportif, le chanteur. Le transfert, au sens commun, s’équivaut à l’élan affectif, une certaine admiration voire énamoration.

Mais le transfert, tel qu’il a été découvert et tel qu’il est conceptualiser en psychanalyse répond à une réalité, voire un réel bien plus complexe.

Cette année je vais m’attacher à répondre à ces quelques questions posées par ma petite note d’invitation :

Qu’est-ce que le transfert ?

En quoi y-a-t il une spécificité du transfert en psychanalyse ?

Quelle est la fonction du transfert dans la cure, et en quoi celle-ci est-elle primordiale ?

Qu’est-ce que « le maniement du transfert » par l’analyste, comme le théorise Freud puis Lacan, et en quoi ce « maniement » conditionne les autres éléments de la cure, jusqu’aux interprétations même ?

Dans un premier temps, nous aborderons cette découverte, et même cette invention du transfert par Freud.

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Au commencement était le verbe… et le transfert

École Psychanalytique Des Hauts de France, Membre de l’A.L.I.

Séminaire 2021-2022

Au commencement était le verbe, et le transfert

Christian Colbeaux (33 (0)6 09 61 21 91) christiancolbeaux(a)yahoo.fr

76 Bd Vauban à Lille, de 21h à 22h 30

Séminaire toujours ouvert, merci de me contacter

Le transfert est au cœur même de l’aventure psychanalytique, qui ne se déploie que dans l’inter-dit du langage. C’est là la spécificité de la psychanalyse, à l’encontre des psychothérapies, toujours prescriptives. C’est le transfert à l’analyste, dans la parole propre de l’analysant, qui lui permet de d’énoncer les signifiants qui le guident à son insu.

                     

Patrick Landman : la guerre des psychanalystes contre le DSM

Publié le 27 août 2018 sur le blog d’ Olivier Douville

Depuis quarante ans le combat que mènent les psychanalystes principalement dans le champ de la santé mentale est très paradigmatique d’une certaine évolution de la culture dans les pays occidentaux et de ce que Freud appelait son « malaise ».

Reportons-nous en l’an mille neuf cent soixante-quinze : la psychanalyse est quasi hégémonique dans la psychiatrie, ses modèles psychopathologiques sont acceptés et utilisés par une majorité de praticiens, les autres pratiques qui se référent au comportementalisme sont minoritaires et les psychanalystes ont appris à travailler avec les progrès de la pharmacologie. Il existe pourtant déjà une ombre au tableau : les parents d’enfants autistes s’insurgent contre l’idée que l’autisme de leur enfant puisse être relié causalement à l’interaction précoce entre l’enfant et les parents ou à une faille dans le désir des parents, ils dénoncent l’effet culpabilisant de ces hypothèses non prouvées, ils sont persuadés que le point de départ de l’autisme est à situer dans un dysfonctionnement biologique d’origine génétique sans que que l’on sache l’enchaînement des causalités qui aboutissent à l’autisme et que les problèmes liés à l’interaction sont secondaires. L’histoire validera globalement leur thèse.

QUELQUES RAISONS DU DÉCLIN DE LA PSYCHANALYSE LIÉES AU DSM
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Roland Gori / Face à des pouvoirs qui vident le peuple de sa dimension politique il faut la rétablir

Publié le 22 mars 2021 sur le blog d’ Olivier Douville

Roland Gori est psychanalyste, auteur de nombreux essais traitant des rapports entre médecine et société, et critiquant certaines dérives scientistes dans les sciences médicales et humaines. Il est notamment l’un des initiateurs de l’Appel des appels, lancé afin de « résister à la destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social ». Il est aujourd’hui président de son association, et a publié le livre « Et si l’effondrement avait déjà eu lieu : L’étrange défaite de nos croyance » (éditions Les Liens qui Libèrent, 2020). Nous en avons profité pour lui poser quelques questions à propos du traitement politique de la crise sanitaire. (Par Galaad Wilgos -18/03/21).

Le Comptoir : Vous avez longtemps traité de la question de l’importance du rapport au patient, du dialogue et des affects mis à mal par un type de modernité asséchante et scientiste. Est-ce que ces mesures autoritaires prises pour lutter contre la covid-19 ne viennent pas justement mettre en place une biopolitique qui renforce la négation du citoyen en tant que sujet – et partant porte atteinte à la démocratie, qui est certes un ordre politique mais aussi quelque chose qui s’ancre dans les mœurs de l’individu ?

Roland Gori : Notre modernité accroit une hégémonie culturelle, celle de la rationalité instrumentale qui tend à exploiter les individus et le vivant comme un stock d’énergie à exploiter à l’infini. D’où les problèmes actuels dont on ne dit pas suffisamment quelle part est la nôtre dans l’émergence des épidémies par nos modes de vie et nos industries qui modifient notre biotope. Nous sommes prisonniers de valeurs et d’un système de pensée qui datent du début des sociétés thermo-industrielles. Ces astres morts continuent à nous éclairer et les normes qu’ils prescrivent contribuent à la catastrophe dans laquelle nous nous trouvons.

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Jacques Sédat : communiqué du groupe de contact

Communiqué du Groupe de Contact
2 décembre 2021

Le Groupe de contact, fondé il y a une vingtaine d’années, réunit la majorité des associations de psychanalystes existant en France, dans la reconnaissance et le respect de leur diversité. Il a pour vocation d’exprimer l’apport de la psychanalyse lorsque des politiques, des règlementations et des mesures administratives menacent son existence.

Nous alertons tout un chacun – le public, les media et les politiques – sur la multiplication et l’aggravation très préoccupantes des mesures de discrimination, voire d’exclusion, visant les professionnels qui reconnaissent les acquis de la psychanalyse ou s’en réclament dans leur pratique, qu’ils soient soignants ou enseignants, dans les hôpitaux, les centres de soin, les universités, les laboratoires de recherche.

Les héritiers de Freud affirment la nécessité de leur présence dans les champs de recherche scientifique, dans les pratiques médico-sociales et dans l’espace culturel. Des mesures administratives indues ne sauraient effacer ce qui est leur contribution théorique et pratique, depuis plus d’un siècle, aussi bien dans le débat sur les origines de la souffrance psychique, que sur les moyens individuels ou institutionnels d’y remédier, dans notre culture actuelle.

C’est pourtant ce qui est en train de se réaliser très concrètement et à grands pas dans les hôpitaux, les centres de soins, les universités et les media.

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Daniel Zagury : « Comment on massacre la psychiatrie française »

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Le Monde. Publié le 07 octobre 2021

Célèbre pour son apport à la clinique médico-légale, ainsi que pour son courage face aux polémiques qui ont déferlé sur lui à propos de ses expertises de grands criminels – Guy Georges, Patrice Alègre, Michel Fourniret et bien d’autres –, Daniel Zagury, psychiatre honoraire des hôpitaux et auteur de nombreux ouvrages, est aujourd’hui un homme en colère. En témoigne le titre de son dernier livre, Comment on massacre la psychiatrie française. Néanmoins, c’est avec rigueur et sans outrance qu’il décrit la situation actuelle. Article réservé à nos abonnés

Non seulement, dit-il, tout va de mal en pis depuis une vingtaine d’années – fermetures de lits ou réduction du personnel soignant, pénurie d’experts –, mais la sottise des classifications issues du fameux Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), contesté dans le monde entier, a eu pour conséquence la réapparition de pratiques d’un autre âge : contentions, maltraitance, etc. Autrement dit, c’est l’abandon de la triple approche de la folie – biologique, sociale et psychique –, au profit d’un étiquetage unique qui a conduit à une dégradation de la discipline : « On a précipité l’effondrement de la psychiatrie intégrative bio-psycho-sociale (…). Ce qui est condamnable, ce ne sont évidemment pas les neurosciences (…) mais la prétention à l’hégémonie et à l’exclusivisme de n’importe lequel des composants du champ psychiatrique. »

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collectif / vers une déontologie d’état pour les praticiens ?

Suite au décret du 10 mars 2021, quatre psychiatres de la FEP (Fondation européenne pour la psychanalyse) s’adressent au président du Conseil de l’ordre des médecins.

À l’attention du Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins

Cher confrère,

L’arrêté du 10 mars 2021 promulgué par le ministère des solidarités et de la santé est relatif à la définition de l’expertise spécifique des psychologues mentionnée dans le code de la santé publique.

Dans son Article 2, il déclare que « l’intervention doit respecter les recommandations de la HAS propres à chaque trouble du neurodéveloppement et conformes à l’état actualisé des connaissances. Elles s’appuient sur des théories cognitivo-comportementales, de la remédiation neuro psychologique et cognitive et de la psycho éducation ».

Dans son Article 5, l’arrêté prévoit « une évaluation qualitative et quantitative des compétences développementales de l’enfant incluant des tests neuro psychologiques complémentaires ciblant des secteurs spécifiques du développement cognitif et socio communicationnel ».

L’arrêté comporte en annexe une liste des programmes d’intervention à destination des enfants. Ces derniers sont uniquement neuro développementaux et comportementaux.

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Vient de paraître : « Les Nouvelles Figures du psychologue clinicien »

LE LIVRE
ISBN : 979-10-96852-21-5
Broché, 210/135, 242 pages, imprimé en UE
Dépôt légal BnF mars 2021
Prix : 21 €
Distribué par l’Harmattan
ÉDITIONS BORROMÉES
LES AUTEURS
Élie Doumit Psychanalyste
Gauthier Carlier Psychologue clinicien
Rosa Caron Psychanalyste,
Sabrina Libbrecht Psychologue clinicienne,
Mariange Nohra Psychothérapeute et Psychanalyste.
Christian Hoffmann Psychanalyste,
Lilian Truchon Philosophe
Alexandre Durieux Psychologue clinicien
Julie Magnier Psychologue clinicienne
Wilfrid Magnier Psychanalyste
L’argumentaire
Ce recueil réunit les textes enrichis et retravaillés qui s’originent des exposés et
points de vue soutenus au cours d’une journée d’Études et de Recherches
organisée par :
l’Université de Lille,
l’Association des Psychologues Cliniciens de Lille III
l’École Psychanalytique des Hauts de France.

L’argumentaire était le suivant : « Le psychologue contemporain s’inscrit dans
un contexte qui le ramène vertigineusement à l’une de ses racines (Galton) au
détriment de ses aspirations humanistes. » Le meilleur des mondes semble à
notre portée. Si pour Leibniz, Dieu fait advenir, par la grâce, le meilleur des
mondes possibles, le monde d’aujourd’hui est celui qui veut rendre possible un
monde sans erreurs (amour, désir…) Alors, que dire de ces psychologues qui
soutiennent l’erreur, l’amour, le désir ?
L’anthropologie et l’interculturalité ne peuvent plus occuper une place marginale
dans le champ clinique du psychologue. Ils deviennent un enjeu pour penser la
souffrance, le soin, l’autre, la société et la science.
Notre but : témoigner des pratiques et modèles inventifs qui maintiennent au
plus vif le lieu d’une parole qui reste à entendre.

Vient de paraitre : Alain Airaly, Jean-Pierre Lebrun « Réinventer l’autorité. Psychanalyse et sociologie ».

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La crise de l’autorité précarise la vie collective, le rapport à autrui et la formation de la subjectivité. Inlassablement niée et récusée, quasiment incompréhensible aujourd’hui, l’autorité doit être réinventée, ex nihilo, tant elle entre en contradiction avec l’actuelle société des individus. Dans leur dialogue, les auteurs s’y exercent.

En effet, à la différence de la domination et de la coercition, l’autorité est la parole du collectif, elle est le Tiers qui conditionne tout ensemble le langage et le rapport à autrui. Comment faire autorité dans la famille, à l’école, au travail ou en politique lorsque toute position d’exception se trouve par avance récusée, contestée, sinon méprisée ? Qu’est-ce qu’une société dans laquelle plus personne n’assume la position d’exception et les normes de la vie ensemble ? Quelles en sont les conséquences sur la construction psychique de l’autonomie et de la responsabilité ?

Dans un dialogue constructif, Jean-Pierre Lebrun et Alain Eraly, appartenant à des disciplines différentes, croisent leurs approches et s’essaient à concevoir de nouvelles formes d’autorité au service du commun, plus respectueuses de nos valeurs démocratiques.

Dans la collection

Humus

A propos des auteurs

photo de Jean-Pierre LEBRUN

Jean-Pierre Lebrun est psychiatre, psychanalyste, ancien président de l’Association lacanienne internationale et de l’Association freudienne de Belgique.

photo de Alain ERALY

Alain Eraly est professeur à l’université libre de Bruxelles où il a enseigné la sociologie, la communication et la gestion publique, membre de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique.

Alain Ehrenberg :« La légalisation du cannabis devrait être au centre d’un débat politique jusqu’à présent inexistant »

Cinquante ans après la loi de 1970 réprimant l’usage et le trafic de stupéfiants, l’action publique ne protège en rien la jeunesse des risques du cannabis, constate le sociologue, qui préconise la légalisation et non pas la dépénalisation.

Le Monde, Publié le 20 avril 2021 à 19h00

Tribune. Dans un entretien publié par Le Figaro dans son édition du 19 avril, le président de la République s’est déclaré très défavorable à la dépénalisation des usages du cannabis, affirmant que « les stups ont besoin d’un coup de frein et pas d’un coup de publicité ».

Si la dépénalisation, qui est une mauvaise solution parce qu’elle ne touche pas à la production et au trafic, suscite l’hostilité d’Emmanuel Macron, la légalisation est évidemment encore moins envisageable. Or, c’est elle qui devrait être au centre d’un débat politique jusqu’à présent inexistant.

Malheureusement, le président a adopté ce ton assertif et moralisateur qui caractérise la pensée des gouvernements successifs depuis des décennies, ton qui délégitime tout débat au nom du slogan vague qu’est la protection de notre jeunesse. Or, un débat est essentiel en démocratie parce qu’il permet de clarifier devant l’opinion les raisons de changer ou de ne pas changer de politique. Ce débat est d’autant plus nécessaire que les Français et, surtout, les addictologues (qui sont quand même en première ligne des problèmes sanitaires et psychologiques) sont favorables au changement. Lire aussi Lancement d’une consultation citoyenne sur le cannabis récréatif

Notre législation sur les stupéfiants date de 1970. Prévoyant la répression pénale de l’usage et du trafic, elle a pour objectif de s’attaquer en même temps à l’offre et à la demande. Cinquante plus tard, le constat sur le cannabis est sans appel : la consommation est forte (en 2018, selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, 16,1 % des élèves de 3e ont consommé dans l’année et 42,4 % des terminales l’ont expérimenté) et les trafics sont florissants.

Il faut regarder ces faits en face, tout particulièrement en regard du critère d’efficacité des politiques publiques. Les gouvernements successifs jusqu’à aujourd’hui ne se sont jamais posé la question de l’efficacité de l’action publique. Or, celle-ci est une question essentielle en démocratie.

Activité répressive chronophage

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