Du phallus maternel à la loi phallique

220px-Herbert_Graf_(1903–1973)_©_Wilhelm_Willinger_(1879–1943)_OeNB_8074461

L’invention de la psychanalyse permet d’aborder la névrose comme une question posée par l’être parlant au niveau de sa subjectivité même, en tant qu’il se trouve inéluctablement aliéné par la parole. Cette question sera celle du sexe, de la différence sexuelle pour l’hystérique, alors que pour l’obsessionnel, ce sera la question de son existence même, et de son sens : les symptômes se laissent comprendre comme les éléments vivants de cette question articulée sans que le sujet sache ce qu’il articule. Lacan indique ici on ne peut plus clairement en quoi la névrose est une langue, une langue à déchiffrer à la façon dont on traduit un texte.

Quelle est donc la question posée par le symptôme phobique ? Pour Freud, l’enjeu de la phobie est celui du complexe de castration et de la résolution du complexe d’œdipe. Dans « Inhibition, Symptôme et Angoisse », lorsqu’il fait de l’angoisse de castration le prototype de toute angoisse et le moteur du refoulement, Freud désigne également le symptôme phobique comme un moment du complexe d’œdipe et de la castration. En quelque sorte, un passage obligé dans le procès en subjectivation de l’être parlant.

Lire la suite

Inhibition, Symptôme et Angoisse

Inhibition-Symptôme-Angoisse_Lacan

En 1926, avec « I.S.A. », Freud opère donc un retournement dans sa conception des symptômes névrotiques : c’est l’angoisse de castration qui est à l’origine du refoulement, et non l’inverse. L’angoisse de castration est le moteur du déploiement du complexe d’Oedipe, ou pour le dire autrement, du procès en subjectivation de l’être parlant. L’angoisse de castration est le prototype même de toute angoisse, c’est une angoisse originaire, constitutive, qui s’éprouve dès le traumatisme de la naissance, et en cela, elle est aussi angoisse de séparation.

C’est donc cette angoisse qu’illustre la phobie, qu’elle présentifie, ou qu’elle met en scène, elle en est le symptôme central. C’est pourquoi la phobie ne constitue pas une névrose en terme nosographique, en tant qu’entité clinique : c’est un accident de parcours, qui court-circuite le refoulement. Dans l’hystérie ou l’obsession, le refoulé induit par l’angoisse fait retour dans le corps ou dans la pensée. Alors qu’avec le mécanisme phobique, l’angoisse, non refoulée, va se fixer, se condenser, directement, sur un élément de l’environnement immédiat, familier, habituel, situation, objet ou être vivant que l’on appelle l’objet phobique. Avec la phobie, l’angoisse n’est pas sans objet, c’est d’ailleurs ce qui en fait son économie, sa facilité, pour ne pas dire son universalisme. Pas sans objet dans le sens aussi, que l’objet phobique vient lui souligner le pas sans, c’est-à-dire la place du manque : le mécanisme phobique consiste à tenter de masquer, de boucher ou de borner l’angoisse de castration fondamentale du sujet parlant.

Lire la suite