Théorie freudienne du transfert

Après la surprise du transfert d’Anna O. sur Breuer, s’être mépris du transfert de Dora et avoir été sous l’emprise du transfert de l’homme aux rats ; Freud consacre quelques articles théoriques sur cette question fondamentale.

La notion de transfert était pourtant déjà présente dans L’interprétation des rêves paru en 1900, sous la forme de pensées de transfert, soit le déplacement de désirs inconscients qui s’expriment dans le rêve à l’aide de restes diurnes déguisés. Freud parle alors de transferts au pluriel, pour rendre compte de ces représentations de désirs rendus méconnaissables par les opérations de condensation et de déplacement.

En 1909, Sandor Ferenczi (Transfert et introjection), à propos du transfert, note que le patient fait jouer à l’analyste le rôle des images parentales.

Freud tente une première synthèse de la notion de transfert en janvier 1912 dans l’article Sur la dynamique du transfert.

Tout d’abord, Freud rappelle que le transfert se produit inévitablement au cours d’une cure analytique, pour la bonne raison que celle-ci concerne des personnes névrosées, insatisfaites, dont le besoin d’amour ne peut que s’adresser vers toute personne bienveillante.

Lire la suite

L’homme aux rats, l’emprise du transfert

Ernst Lanzer

Il faut relire l’homme aux rats comme la Bible

Jacques Lacan ( 14/05/1958)

Les Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle (L’homme aux rats), constituent la troisième des cinq psychanalyses que nous a transmit Freud. Il s’agit du récit d’une cure de 11 mois, effectuée du 1er octobre 1907 à la mi-septembre 1908. Durant les quatre premiers mois, Freud prend des notes tous les jours, sauf le dimanche, au rythme même de la cure.

Freud exposera le cas de l’homme aux rats à la Société de Psychanalyse de Vienne le 30 octobre, les 6 et 20 novembre 1907, le 22 janvier et 8 avril 1908, puis au premier congrès international de psychanalyse qui se tint à Salzbourg le 27 avril 1908. Il sera publié en octobre 1909 dans le premier numéro du Journal pour la Recherche Psychanalytique et Psychopathologique (Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschungen) ; et traduit en français en 1935. En quelque sorte, c’est le premier compte rendu d’une analyse menée selon la technique de l’association libre, soit, rien de moins qu’une ré-invention de la psychanalyse par Freud.

L’homme aux rats, c’est Ernst Lanzer, un jeune homme de 29 ans, docteur en Droit, aux prises avec de douloureux symptômes obsessionnels longuement décrits et interprétés par Freud.

Le récit de cette cure est tout entier imprégné par le transfert.

Lire la suite

Clinique 2.0 (III) : Phallus

Phallus

Je vais reprendre là où je vous avais laissé la dernière fois, c’est-à-dire la question du phallus.Il n’y a que de rares occurrences du terme phallus dans l’œuvre de Freud. J’en retiens deux :

  • 1923, « L’organisation génitale infantile » : « Le caractère principal de cette organisation génitale infantile est en même temps ce qui la différencie de l’organisation génitale définitive de l’adulte. Il réside en ceci que, pour les 2 sexes, un seul organe génital, l’organe mâle, jour un rôle. Il n’existe donc pas de primat génital, mais un primat du phallus ».

Freud indique ainsi que ce n’est pas le pénis, l’organe masculin qui prime, mais ce qu’il désigne du nom de phallus, en tant que le phallus est de tout temps, et dans toutes les régions du monde, est une représentation figurée, et souvent démesurée, de l’organe mâle en érection. Le phallus représente donc la fonction symbolique attribuée à l’organe anatomique.

  • 1927,  » Le fétichisme » : « Le fétiche est le substitut du phallus de la mère auquel a cru le petit enfant et auquel il ne peut renoncer ».

Freud emploiera plus volontiers le terme de stade ou phase phallique, qui fait suite aux stades oral et anal. La genèse de cette approche se trouve déjà dans « Les 3 essais », nous nous en contenterons pour notre propos aujourd’hui.

Lire la suite

Clinique 2.0 (II) : Bisexualité

Hermaphrodite

Nous allons partir de la bisexualité psychique, dont la notion n’a jamais été démenti, ni par Freud, ni par Lacan.

La bisexualité s’origine de la nuit des temps. De tout temps, des êtres humains naissent dotés des organes mâles et féminins. Certains estiment que 4% de l’humanité naissent avec des organes masculins et féminins. Le terme d’hermaphrodisme appliqué aux humains a commencé à être employé par la médecine vers la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. À la naissance, on pratique en général l’ablation de l’attribut le moins développé, opération doublée d’une hormonothérapie.

L’hermaphrodisme vrai désigne un cas rare d’intersexuation : la personne est dotée de chromosomes sexuels variables (XX, XY), mais naît le plus souvent avec une ambiguïté sexuelle et la présence simultanée de tissus testiculaires et ovariens, conduisant au développement de structures masculines (véritable pénis érectile et prostate) et féminines (vagin et utérus). La médecine n’en dénombre officiellement qu’environ 500 cas en France, ce qui n’est déjà pas si anecdotique. Maintenant on parle d’intersexuation, le I de LGBTQIA+.

Hermaphrodite est un mythe d’origine asiatique qui est parvenue en Grèce à l’occasion des conquêtes grecques. Dans la mythologie grecque, Hermaphrodite est le fils de Hermès, lui-même fils de Zeus, dieu des routes et des carrefours, et par là, du commerce, des voyageurs et des voleurs. Sa mère, Aphrodite est la déesse de la beauté, de l’amour, du plaisir et de la procréation. D’où son nom, composé du patronyme paternel et maternel : Herm-aphrodite, premier indice du prétendu bouleversement des mœurs actuels.

Lire la suite

Clinique 2.0 (I) : LGTBQIAT+

Drei_Abhandlungen_Freud_tp

Clinique actuelle : LGTBQIA(+), non hétérosexuels

  • T = transgenre, transsexuel = opéré
  • B = bisexualité, banale dans la Grèce antique, à Rome, en France jusqu’au Moyen-Age
  • Q = queer = tordu, bizarre = militants de l’abolition des genres et des identités sexuelles, lutte contre le patriarcat
  • I = intersexe, en médecine hermaphrodisme
  • A = asexué, désintérêt pour le sexe

Aux USA : LGTTQQIAAP = lesbian, gay, bisexual, transgender, transexual, queer, questionning, intersexual, asexual, allies, pansexuel.

3 essais

1905, écrit en même temps que « Le mot d’esprit et son rapport à l’inconscient »

1000 exemplaires brochés (pas chers) vendu en 4 ans, 4000 autres entre 1910 et 1920.

Nombreux ajouts ultérieurs, surtout en 1915 : 100 pages de plus

Freud accusé d’immoralité :

  • Enfant pervers polymorphe
  • Parents 1ers objets sexuels
  • Sexualité de l’adulte d’origine infantile

Jones : On cessa de saluer Freud dans la rue

Thèse à l’encontre des connaissances biologiques, de la morale religieuse, de l’opinion populaire

La sexualité humaine n’est au service que d’elle-même, elle échappe à l’ordre de la nature. Elle est pour ainsi dire contre nature.

Lire la suite

La belle bouchère

« Freud sur le rêve doit être lu, parce qu’il n’est pas possible autrement ni de comprendre ce qu’il entend par le désir du névrosé, par refoulé, par inconscient, par l’interprétation, par l’analyse elle-même, ni d’approcher quoi que ce soit de sa technique ou de sa doctrine »[1].

Freud nous livre donc d’emblée la clef de son interprétation des rêves : « Après interprétation complète, tout rêve se révèle comme l’accomplissement d’un désir ».

Lire la suite

Histoire de la Traumdeutung

 » Crois-tu vraiment qu’il y aura, un jour sur la maison, une plaque de marbre sur laquelle on pourra lire : « C’est dans cette maison que le 24 juillet 1895, le mystère du rêve fut révélé au Dr Sigmund Freud »[1]

Freud séjourne alors en famille à l’hôtel Bellevue, sur les hauteurs boisées de Vienne, afin d’échapper à la chaleur estivale. Le 24 juillet, il reçoit un confrère qui lui fait part des difficultés qu’il rencontre avec une patiente névrotique nommée Irma, bien qu’il suive les premières élaborations théoriques de Freud[2]. Dans la nuit du 23 au 24 juillet 1895, Freud fait le rêve dit de « L’injection faite à Irma », dans lequel il rejette la faute de la mauvaise santé psychique d’Irma sur son collègue.

Si l’on en croit son biographe, Ernest Jones, Freud s’est intéressé aux rêves dès l’enfance, les notant à l’occasion[3].

Lire la suite

V/ Ce qui commence par le père finit par la masse

CA_MOI_SURMOI1/ L’agressivité instinctive de l’être humain, manifestation de la pulsion de mort dans le vivant ; constitue l’obstacle majeur au progrès de la civilisation. Comment dès lors le processus civilisationnel procède-t-il pour circonscrire la tendance à l’agression ?

L’étude du développement de l’individu, nous dit d’emblée Freud, indique que cette agressivité est introjectée, intériorisée, retournée contre le propre Moi – constituant ainsi la force du Surmoi.

En 1914, dans « Pour introduire le narcissisme », Freud décrit l’Idéal du Moi, comme « ce que l’homme projette devant lui comme son idéal, soit le substitut du narcissisme perdu de son enfance ». À la différence du Moi Idéal, issu du mirage de la captation narcissique du Moi par lui-même, l’Idéal du Moi se forge de l’extérieur, il est le représentant de l’Autre parlant auquel le Moi aspire à s’identifier.

Lire la suite

IV/ Le narcissisme des petites différences

neurones-miroirs

1/ Le processus civilisationnel en cours chez les êtres humains, en tant qu’ils parlent, consiste en une dynamique sociale et culturelle qui organise de façon de plus en plus élaborée les relations des hommes entre-eux.

Pour Freud, c’est la libido du sujet, seule énergie réellement malléable, qui est détournée au profit de la socialité, soit ce que Lacan traduira par l’instance du désir, celle-là même qui imprègne dans les dessous le dire du sujet : « Il n’y a d’autre malaise de la culture que le malaise du désir » (« Le désir et son interprétation », 03/06/1959).

Il n’y a pas que le sexuel, perverti par le dire, dont souffre l’être parlant, et Freud souligne qu’une communauté d’amoureux ne serait pas viable. Il suffit de penser au « Flower Power » des années 60, et de l’éphémère éclosion de la vie communautaire en Europe au début des années 70.

Lire la suite

III/ Au commencement était le verbe

Prehist

1. Sigmund Freud poursuit ce qu’il appelle son « étude sur le bonheur », soit la façon pour l’homme de mettre à distance les 3 sources de « la souffrance humaine » : la puissance de la nature, la caducité du corps, et les relations des hommes entre eux. Ce qui nous indique un ternaire, nature/corps/social, par lequel le sujet s’éprouve, autrement dit, un ternaire auquel le sujet ex-siste. Et parce qu’il n’est d’autre réalité que symptomatique, Lacan soulignera la joui-sens de l’être comme paradigmatique de la condition humaine. Ce ternaire freudien nature/corps/social apparaît par ailleurs comme l’ancêtre du ternaire lacanien, réel/imaginaire/symbolique, auquel il s’apparente sans pour autant s’y identifier.

Lire la suite