L’identification de signifiant

Identification

Le séminaire que Jacques Lacan tient en 1961-62 sur l’identification a ceci de particulier, qu’il ne comporte pas de théorie unifiée de l’identification. Il le dit, et le répète, il ne s’intéresse qu’à la seconde des 3 identifications freudiennes, que Freud qualifie d’identification régressive à l’einziger zug, par laquelle le moi emprunte à l’objet un seul trait, un trait partiel, généralement physique : un détail corporel, une intonation, un geste, une expression. Ce que Lacan traduit trait unaire, qui comme tel réduit l’objet à un seul trait, à une marque qui spécifie l’objet pour le sujet qui se l’approprie. Après l’avènement de l’identification imaginaire, moïque, paranoïaque du stade du miroir, Lacan cherche les voies de l’identification symbolique. L’entreprise ne s’avérera pas si simple, et même si je m’abstiendrais de reprendre comme il le fait en long et en large le graphe du désir, de la même façon que je ne m’engagerais guère sur la topologie du tore, alors florissante, ces 2 inventions lacaniennes pourraient, chacune d’elle, faire l’objet de plus d’une année de séminaire ; le travail de déchiffrement qu’effectue cette année là Lacan dépasse de loin son objectif. Nous avons déjà vu que l’identification à l’image du miroir se doublait d’une nomination, c’est toi, là, dans le miroir, ce qui indique d’emblée l’intrication des phénomènes identificatoires chez l’être parlant.

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L’identification au miroir

miroir

L’homme ne s’adapte pas à la réalité, il l’adapte à lui. Le moi créé la nouvelle adaptation à la réalité et nous cherchons à maintenir la cohésion avec le double (Lacan 1937, sources : archives Dolto).

L’assomption jubilatoire de son image spéculaire par l’être encore plongé dans l’impuissance motrice et la dépendance du nourrissage qu’est le petit homme à ce stade infans, nous paraîtra dès lors manifester en une situation exemplaire la matrice symbolique où le Je se précipite en une forme primordiale, avant qu’il ne s’objective dans la dialectique de l’identification à l’autre et que le langage ne lui restitue dans l’universel sa fonction de sujet. (Lacan, 1949, Le stade du miroir …).

Aux premiers temps de la découverte freudienne, le roman individuel du névrosé rend compte d’une étiologie sexuelle de la symptomatologie, à l’encontre des théories organicistes, dégénératives pour ne pas dire génétiques qui prévalaient alors. Avec la première guerre mondiale, Freud tient compte de l’environnement sociétal du sujet, de « Totem et tabou » en 1912, jusqu’au « Malaise dans la civilisation » de 1929, le sujet de la psychanalyse se déplace de la sphère parentale au lien social. L’élaboration de l’identification le conduit au narcissisme (et inversement), celle de la compulsion de répétition à la pulsion mort. C’est ainsi qu’il ne conçoit rien moins qu’un nouvel inconscient, non plus constitué du seul refoulé, mais champ de bataille de différentes instances, plus ou moins inconscientes, dont l’équilibre règle la pacification, voire l’harmonie.

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Dé(S)entification

C’est donc à propos de la psychologie collective, c’est à dire des rapports à l’autre que pour la première fois le Moi en tant que fonction autonome est amené dans l’œuvre de Freud.

Lacan, 10 février 1954 (Les écrits techniques)

Dans l’article sur « Le Moi et le Ça »,… Freud écrit que le moi est fait de la succession de ses identifications avec les objets aimés qui lui ont permis de prendre sa forme. Le Moi, c’est un objet fait comme un oignon, on pourrait le peler, et on trouverait les identifications successives qui l’ont constitué.

Lacan, 5 mai 1954 (Les écrits techniques)

Freud nous a introduit à un narcissisme conçu comme tout premier mode de relation entre le Moi et l’Objet, en ce sens que tous deux se constituent et se différencient en un même mouvement, en miroir en quelque sorte, sous le régime pulsionnel de l’autoérotisme. C’est d’une identification primordiale que s’origine le Moi, en tant qu’il se différencie progressivement de l’Objet extérieur en se l’appropriant, sur le mode du cannibalisme.

L’identification narcissique se révèle donc être à l’origine même de la constitution du Moi, et de l’Objet, ce que reprendra Lacan dans sa thèse de médecine sur les fondements paranoïaques de la personnalité.

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Identificare

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L’identification, comme vous le savez, occupe une place centrale en psychanalyse, aussi bien en ce qui concerne la pratique que la théorie psychanalytique. La cure analytique elle-même s’apparente à un processus identificatoire du sujet à lui-même. Et c’est bien ainsi qu’est née la psychanalyse, à l’encontre de la suggestion et de l’hypnose que Freud, jeune psychiatre viennois, pratiquait à l’instar de Charcot et Bernheim, dont il avait traduit les textes principaux en allemand. Les « Etudes sur l’hystérie » qu’il mène alors avec Josef Breuer à la fin des années 1880 témoigne de ce passage de la suggestion à l’association libre. Ce fut d’abord « Emmy von N » qui exigea de la laisser raconter ce qu’elle a à dire. Puis, en 1890, « Elisabeth von R. », la première analyse d’une hystérique que j’ai mené à terme dira Freud, analyse qu’il compare à la technique de défouissement d’une ville ensevelie. Avec l’invention de la psychanalyse, le « connais-toi toi-même » de la tradition socratique accédait au statut d’objet scientifique. Du mythe de la caverne à l’archéologie de la psyché, il n’y a qu’un pas.

Le terme d’identification nous vient du latin « identificare », de « idem », le même, la même chose, et il s’apparente étymologiquement à l’idée, l’idéal et l’idéologie. Le dictionnaire philosophique de Lalande nous en donne 2 sens. Un sens transitif, l’action d’identifier, c’est à dire de reconnaître comme identique. Et un sens réfléchi, l’acte de s’identifier, par lequel un individu devient identique à un autre, ou par lequel 2 êtres deviennent identiques, en pensée ou en fait, totalement ou partiellement. Dans son dictionnaire de la psychanalyse, Laplanche précise que ce deuxième sens, l’action de s’identifier, se distingue en 2 : l’identification hétéropathique et centripète, dans laquelle c’est le sujet qui identifie sa personne propre à un autre ; et l’identification idiopathique et centrifuge où, à l’inverse, c’est le sujet qui identifie l’autre à sa propre personne. Les dictionnaires nous introduisent donc à une notion complexe, polymorphe, polysémique, d’emblée ternaire, qui met en jeu la constitution du sujet et ses rapports à l’autre ; et qui suggère un certain rapport à l’idéal.

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