De la guerre des chefs au père symbolique

omolou4La réalité de l’événement est une chose, mais il y a quelque chose d’autre : c’est l’historicité de l’événement, c’est à dire quelque chose de souple et de décisif qui fut une impression sur le sujet, qui domina, et qui est nécessaire à expliquer la suite de son comportement. (Jacques Lacan)

L’homme aux loups a été inventé par Freud en pleine guerre avec Jung, son héritier pressenti et Adler, jeune et ambitieux médecin viennois. Durant l’année 1952/1953, Jacques Lacan poursuit le séminaire qu’il avait initié l’année précédente auprès de quelques élèves, chez lui, rue de Lille à Paris. Après L’homme aux rats, il commente cette année là L’homme aux loups, alors que la Société Parisienne de Psychanalyse, seule représentante française de l’I.P.A., l’Association Psychanalytique Internationale crée par Freud, la SPP se trouve en pleine effervescence.

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Loup, y-es-tu ?

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Je suis prêt à affirmer que toute névrose d’adulte se construit sur une névrose d’enfant, qui n’est pas toujours assez intense pour être remarquée et reconnue comme telle.

 C’est cette petite remarque qui fait de cette 5ème et dernière psychanalyse écrite par Freud un tournant dans son enseignement, et qui déterminera par la suite la pratique des cures analytiques par ses élèves. L’ancienne distinction entre psychonévroses de défense et névroses actuelles n’a dès lors plus lieu d’être, et par cette petite phrase, Freud n’en refonde pas moins la clinique psychanalytique.

Nous sommes à un moment d’intense travail théorique, puisque cet Extrait de l’histoire d’une névrose infantile est écrit durant l’hiver 1914-1915, soit au même moment qu’un texte majeur comme Pour introduire le narcissisme, et peu avant quelques articles aussi fondamentaux que Pulsions et destin de pulsions, Le refoulement et L’inconscient quelques mois plus tard.

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L’homme est un loup pour l’homme

OmoloureveLa névrose infantile du jeune Sergueï se distingue très nettement de celle du petit Hans, qui restera, elle, monosymtomatique, isolée, transitoire et même oubliée par le metteur en scène d’opéra qu’il deviendra. Lorsque le jeune aristocrate russe se présente chez Freud dans un état de détresse psychique sur lequel nous reviendrons sans doute, ce n’est en effet que la poursuite d’une symptomatologie diverse et continue depuis la petite enfance.

Petit garçon un peu trop calme, timoré, inhibé au regard d’une sœur aînée vive et taquine, Sergueï présente très tôt des troubles de l’alimentation, refusant toute autre nourriture que les sucreries. Il a un peu plus de 3 ans lorsqu’il change radicalement de caractère, il crie, vocifère, gesticule en tous sens, torture des animaux et met à bout jusqu’à la plus douce de ses nourrices.

Ce retournement de situation s’achève aux alentours de son 4ème anniversaire, pour laisser place à un tableau clinique nettement névrotique, d’abord essentiellement phobique durant quelques mois, puis profondément obsessionnel jusque ses 10 ans.

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La véritable histoire de Sergueï Constantonovitch PANKEJEFF

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L’Extrait de l’histoire d’une névrose infantile, sous titré l’homme aux loups, est la 5ème des grandes psychanalyses de Freud qui la rédige à l’automne 1914. Elle ne sera publiée qu’après guerre, en 1918.

L’histoire de ce cas clinique est remarquable à plus d’un titre. D’abord parce que la psychanalyse entreprise par Freud avec ce jeune aristocrate russe de 23 ans se déroule de janvier 1910 jusqu’au mois de juillet 1914, soit 4 ans ½, une durée exceptionnelle pour l’époque, puisqu’à raison d’une séance quotidienne, les cures s’effectuaient habituellement en quelques mois. Cette exception n’est pas sans incidence, et nous verrons que l’homme aux loups restera pendant près de 70 ans dans les arcanes de la psychanalyse. Tout au long de sa vie, il fera l’objet de la sollicitude de la communauté psychanalytique internationale, recevant volontiers les analystes de passage à Vienne.

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