Clinique 2.0 (I) : LGTBQIAT+

Drei_Abhandlungen_Freud_tp

Clinique actuelle : LGTBQIA(+), non hétérosexuels

  • T = transgenre, transsexuel = opéré
  • B = bisexualité, banale dans la Grèce antique, à Rome, en France jusqu’au Moyen-Age
  • Q = queer = tordu, bizarre = militants de l’abolition des genres et des identités sexuelles, lutte contre le patriarcat
  • I = intersexe, en médecine hermaphrodisme
  • A = asexué, désintérêt pour le sexe

Aux USA : LGTTQQIAAP = lesbian, gay, bisexual, transgender, transexual, queer, questionning, intersexual, asexual, allies, pansexuel.

3 essais

1905, écrit en même temps que « Le mot d’esprit et son rapport à l’inconscient »

1000 exemplaires brochés (pas chers) vendu en 4 ans, 4000 autres entre 1910 et 1920.

Nombreux ajouts ultérieurs, surtout en 1915 : 100 pages de plus

Freud accusé d’immoralité :

  • Enfant pervers polymorphe
  • Parents 1ers objets sexuels
  • Sexualité de l’adulte d’origine infantile

Jones : On cessa de saluer Freud dans la rue

Thèse à l’encontre des connaissances biologiques, de la morale religieuse, de l’opinion populaire

La sexualité humaine n’est au service que d’elle-même, elle échappe à l’ordre de la nature. Elle est pour ainsi dire contre nature.

Histoire de la sexualité humaine

Chez l’animal, sauf exception, la sexualité a pour seul objectif la reproduction, elle répond à des rythmes biologiques, elle est intermittente et instinctive ; et elle est déterminée par des schèmes de comportements innés.

Chez l’homme, la sexualité correspond plus à la recherche de plaisir, elle est continue et non périodique et, chez l’être parlant qu’il est, elle est surdéterminée par la parole et le discours, moyennant quoi elle s’inscrit dans des codes sociaux prédéterminés et différents selon les époques historiques.

L’être humain a inventé l’amour, et c’est bien en ça qu’il est un animal dénaturé par la parole.

C’est en parlant qu’on fait l’amour énonce Lacan lors de son séminaire (« Ou pire … », p. 154 Seuil).

L’historien Philippe Ariés a écrit « L’enfant et la vie familiale sous l’ancien Régime ». Les enfants couchaient alors tous ensemble, tous sexes confondus, souvent avec les serviteurs ou les parents, et ils n’étaient guère épargnés des ébats sexuels de leurs aînés. C’est que les enfants impubères étaient considérés comme indifférents à la sexualité.

Pour la petite histoire, je ne ferais que mentionner les libertés sexuelles auxquelles s’adonnaient à l’époque les rois de France et les papes catholiques, ainsi que l’initiation banale des garçons pubères par les prostituées et la prolifération des maisons closes.

Il faut noter que la chambre conjugale ne se développe qu’à la fin du 18ème siècle, et encore dans la bourgeoisie urbaine.

La répression de la sexualité débute lors du 16ème siècle, sous l’influence de l’Eglise, qui la limite à la seule procréation, mais aussi, et conjointement, par l’émergence d’une petite bourgeoisie pour laquelle la question de la transmission du patrimoine devient primordiale.

Le mariage d’amour ne date que d’un petit siècle !

Au 17ème siècle, on enferme les déviants, dégénérés, filles-mères et mendiants avec la création des hôpitaux généraux, ancêtres des hôpitaux psychiatriques.

Au 19ème siècle en pleine théorie de la dégénérescence responsable des maladies nerveuses et sous la pression des ligues de vertus, on fait la guerre à la masturbation, qui rend sourd comme chacun sait.

Néanmoins, la sexologie se développe à la fin du 19ème siècle, avec notamment Kraft Elsing, abondement cité par Freud, qui publie ne 1868 « Psychopathia Sexualis ».

Quant à Freud, il renonce en 1897 à la théorie de la séduction, selon laquelle le névrosé aurait été victime d’un traumatisme sexuel réel lors de son enfance et privilégie dès lors la vie fantasmatique de l’enfant dans la genèse des névroses.

C’est dans ce contexte qu’est publié les 3 essais.

L’inversion

Freud parle d’invertis plutôt que d’homosexuels, et pour cause, il les classe en 3 catégories :

  • Les invertis absolus, dont l’objet sexuel ne peut être qu’homosexuel
  • Les amphigènes, non exclusifs, donc bisexuels
  • Les occasionnels, sous certaines conditions extérieurs (prisons).

Il cite également l’hermaphrodisme, qui correspond à ce que l’on appelle aujourd’hui l’intersexe.

Freud réfute toute théorie de dégénérescence et toute origine innée à l’homosexualité et propose une genèse issue de la sexualité infantile :

Nous avons établi dans tous les cas examinés que les futurs invertis traversent, au cours des 1ères années de leur enfance, une phase de fixation très intense et cependant éphémère à la mère, et qu’après avoir surmonté cette phase, ils s’identifient à la mère et se prennent eux-mêmes comme objets sexuels, autrement dit que, partant du narcissisme, ils recherchent de jeunes hommes semblables à leur propre personne, qu’ils veulent aimer comme leur mère les a aimés eux-mêmes (note de bas de page 50, datée de 1910).

Freud règle en quelque sorte la question en 1926 : L’amour d’homme à homme (…) n’est pas non plus contre ‘la nature’ humaine, puisque celle-ci est bisexuelle.

Pulsion et libido

La pulsion se définit comme une poussée qui prend sa source dans l’excitation corporelle, interne à l’organisme, dont le but est l’extinction de cette stimulation. La pulsion, écrit Freud, se situe à la limite entre le psychique et le somatique. Il ne peut élaborer plus avant en 1905, mais 10 ans plus tard, Freud développera une théorie des pulsions dans « Pulsions et destins des pulsions » paru en 1915.

La libido, dont la racine latine désigne l’envie, le désir, correspond à l’énergie des pulsions, c’est la manifestation psychique des pulsions sexuelles.

Les pulsions sont toujours partielles, et se définissent en fonction de l’organe somatique excité. Freud détaille ces organes excitables qui font l’ordinaire des préliminaires : la bouche et les lèvres, l’anus, la peau et l’impression optique constituent les zones érogènes de l’être humain. Freud aborde également le fétichisme, qui se rattache au plaisir scopique, et le sado-masochisme qui concerne essentiellement la peau.

Dans sa relecture de Freud, Lacan formule une première élaboration de l’objet a concerné par la pulsion, et il en dénombre 4 : le sein, le regard, la voix et les fèces qui convoquent la pulsion orale, la pulsion scopique, la pulsion invocante et la pulsion anale. Chez Lacan, fétichisme et sado-masochisme feront l’objet d’un traitement particulier, comme paradigmatique d’une structuration perverse de la pulsion sexuelle.

Focus sur la pulsion scopique : lors du développement de l’être humain, le rôle des sensations olfactives fut repris par les excitations sexuelles. Celles-ci, contrairement à celles-là (les excitations olfactives étant intermittentes) furent à même d’exercer une action permanente (…) Le retrait à l’arrière-plan du pouvoir excitant de l’odeur semble être lui-même consécutif au fait que l’homme s’est relevé du sol, s’est résolu à marcher debout, station qui, en rendant visibles les organes génitaux jusqu’ici masqués, faisait qu’ils demandaient à être protégés, et engendraient ainsi la pudeur. Par conséquent le redressement ou la verticalisation de l’humain serait le commencement du processus inéluctable de la civilisation (Malaise dans la civilisation, p. 50).

Pour Freud, le caractère pathologique de la perversion n’est pas déterminé par son contenu, mais par son écart avec la norme hétérosexuelle : Quand la perversion ne surgit pas à côté de la normale, à un moment où les circonstances favorisent la première et font obstacle à la seconde, mais qu’elle a refoulé et remplacé la normale en toutes circonstances, alors nous trouvons -dans l’exclusivité et dans la fixation de la perversion – ce qui autorise généralement à la considérer comme un symptôme pathologique (p. 74).

C’est que La prédisposition aux perversions est la prédisposition originelle et universelle de la pulsion sexuelle humaine, à partir de laquelle le comportement sexuel normal se développe au cours de la maturation sous l’effet de modifications organiques et d’inhibitions psychiques. Les déviations perverses rendent compte d’une inhibition du développement et d’un infantilisme, responsable de la fixation sur des pratiques hors normes.

En ce qui concerne les névrotiques, leurs symptômes s’originent également de la libido et des forces des pulsions sexuelles. Ainsi, chez l’hystérique, une partie de la libido est refoulée car en désaccord avec le Moi (Freud n’a pas encore inventé le Surmoi). Le symptôme consiste au retour des phantasmes sexuels refoulés dans le soma, soit la conversion somatique.

Le symptôme doit donc être compris comme un substitut de désirs, qui prennent leur source dans la pulsion sexuelle et qui sont les conséquences de conflits infantiles non résolus. Le symptôme apparait donc comme une solution entre la pulsion sexuelle et la résistance à celle-ci : Nous sommes tous un peu hystériques écrit Freud.

Bien plus, les symptômes névrotiques se forment donc aux dépens d’une sexualité anormale : la névrose est pour ainsi dire le négatif de la perversion.

Bisexualité

La bisexualité est présente dans la littérature philosophique et psychiatrique depuis les années 1890.

Freud, un peu malgré lui, en reconnait la paternité à Wilhelm Fliess, qu’il rencontre en 1887, et avec lequel in entretient une correspondance intensive pendant une dizaine d’années. Otorhinolaryngologiste, W. Fliess est alors le confident de Freud, à la suite du neurologue Breuer avec lequel il s’était brouillé après la publication des « Etudes sur l’hystérie« .

  1. Fliess, berlinois, était un chercheur un peu farfelu, féru de numérologie. Il a essayé de théoriser le lien entre le nez et les organes sexuels ; il a expérimenté, avec succès, la cocaïne par voie nasale pour traiter des symptômes algiques.

Il publia aussi « Création d’une science biologique exacte » en 1906 : les périodes sexuelles, de 23 jours pour les hommes, et de 28 jours pour les femmes, expliquent, affirme-t-il, tous les phénomènes de vie et de mort.

En 1897, W. Fliess écrit à Freud qu’il croit qu’il existe en tout être humain une constitution bisexuelle biologique, responsable du refoulement qui serait dû au conflit entre les tendances masculine et féminine de chaque être humain.

Freud récuse cette sexualisation du refoulement sur des bases biologiques : Il existe chez des individus des 2 sexes des motions pulsionnelles aussi bien masculines que féminines pouvant devenir les unes et les autres inconscientes par le refoulement.

La brouille entre Fliess interviendra en 1900.

Dans les 3 essais, comme ailleurs, Freud maintiendra la correspondance entre la masculinité et l’activité, la féminité et la passivité.

Pour autant, pour Freud, La libido est masculine, car la pulsion est toujours active même quand elle s’est fixé un but passif. Pour l’être humain, on ne trouve de pure masculinité ou féminité, ni au sens psychologique, ni au sens biologique. Chaque individu présente plutôt un mélange de ces propres caractères sexuels biologiques et de traits biologiques de l’autre sexe et un amalgame d’activité et de passivité (Différenciation de l’homme et de la femme, p. 160 des 3 essais).

In fine, Freud estime que Tous les êtres humains sont bisexuels (…) Si la bisexualité des êtres humains apparait parfois comme un grand malheur et la source de maux infinis, nous ne devons pas oublier que sans elle, la société humaine ne pourrait exister. Si l’homme n’était qu’activité agressive, et la femme passivité, la race humaine aurait cessé d’exister avant l’aube de l’histoire, car les hommes se seraient massacrés jusqu’au dernier.

Lacan reprend le thème de la bisexualité dans son séminaire sur « La structure freudienne des psychoses« , en 1956 : Les adéquations naturelles sont chez l’homme, profondément déconcertées, ce n’est pas simplement parce qu’il est un mammifère pour qui la bisexualité fondamentale est en effet… plus complexe, parce que la symbolisation y joue, autrement dit la loi y joue un rôle primordial (…) Il n’est pas question d’articuler quelque chose sur la sexualité humaine s’il n’y a pas ceci, qu’elle doit se réaliser par et à travers une certaine loi fondamentale qui est simplement une loi de symbolisation (…) C’est simplement la loi du malentendu, grâce à laquelle nous survivons… grâce à laquelle nous pouvons par exemple satisfaire, quand nous sommes un homme, nos tendances féminines dans une relation symbolique, tout en restant parfaitement sur le plan imaginaire et réel, un homme pourvu de sa virilité.

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