Vivre en live

Intervention au XLIème Colloque de l’Institut d’Études de la famille et de la Sexualité & IIème Colloque du Centre Interdisciplinaire de Recherches sur les Familles et la sexualité, Université Catholique de Louvain La Neuve, 29 et 30 avril 2004

Louvain

Le lapsus internet existe, comme celui à l’origine de ce texte auquel nous avions donné d’abord comme titre « Vivre en life », avant de nous apercevoir de notre erreur. Sans s’attarder sur ce lapsus, nous retiendrons d’emblée qu’il y a de l’inconscient dans internet, qu’il y a du sujet sur le net ! Du sujet au sens psychanalytique, un sujet parlant qui en dit bien plus qu’il ne veut en dire, puisqu’en dessous de ce qui est dit, un autre discours, celui du désir, surgit dans le lapsus, le mot d’esprit et dans toutes ces manifestations de l’inconscient qui émaillent la vie quotidienne.

S’il y a du sujet, et du sujet inconscient sur internet, c’est bien que ce que l’on appelle à l’instar des anglo-saxons les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), n’appartiennent pas simplement au monde virtuel. C’est qu’avec internet, nous n’avons pas précisément affaire au virtuel. Le virtuel signifie le potentiel, le devenir, comme la graine peut devenir un arbre. Internet n’est pas virtuel, il fait aujourd’hui partie de notre réalité, de la réalité. Il y a du sujet, du sujet à l’inconscient, qui s’exprime par l’internet, et c’est une réalité quotidienne et naturelle aujourd’hui pour la plupart des adolescents.

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Le sexe, la drogue et le genre

Intervention aux XXVIIèmes Journées de Reims : « La femme d’abord ! Enseignements issus de la pratique auprès de femmes toxicomanes, 8-9 décembre 2011 »

klimt-3-ages-femme-40x501/ Même dans la drogue, la femme n’est pas l’égale de l’homme. Les statistiques sont impitoyables, elles ne varient guère quelque soient leurs origines géographiques, quelque soit le milieu culturel : plus des trois-quarts des addicts sont de sexe anatomique masculin. Et cela concerne aussi bien les drogues licites que les drogues illicites. En ce qui concerne le tabac, il semblerait que la proportion de fumeuses progresse, ne perdons pas espoir !

Je parle de sexe anatomique, sciemment, puisque contrairement à ce que Freud affirmait au début du XXème siècle, l’anatomie n’est pas forcément le destin. Avec les formules de la sexuation, Lacan nous a définitivement convaincu que l’on pouvait aussi bien être de sexe anatomique masculin et de structuration psychique féminine, et inversement.

Les choses se compliquent à partir des années 70 et le développement des « Gender Studies », les études de genre en français. Il se pourrait alors, que l’on puisse être ni homme, ni femme.

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Histoire de l’adolescence dans la psychanalyse

ado    L’adolescence apparaît comme un concept limite entre un phénomène social, avec ses coordonnées historiques ; et un processus de maturation subjective, et ses implications psychologiques. L’histoire –récente, de l’adolescence est ainsi marquée par cette intrication, ce nouage entre le sociétal et le subjectif.

Contexte social

– Le terme d’adolescent semble provenir du latin « adulescens », littéralement « celui qui est en train de croître » ; mais il désignait à Rome les jeunes gens, susceptibles d’être mariés depuis la puberté, et ayant acquis la citoyenneté à l’âge de 17 ans : il s’agissait donc bien plus de leur statut social que de leur développement psychique. Les sociétés dites primitives disposaient de rites d’initiation plus ou moins complexes qui introduisaient l’enfant pubère au monde adulte. Longtemps, dans les sociétés occidentales, le mariage, l’enrôlement militaire ou l’entrée dans les ordres religieux scellaient ce passage de l’enfant pubère à l’âge adulte.

– La notion d’adolescence comme période intermédiaire entre l’enfance et l’âge adulte témoigne d’une rupture dans l’ordre symbolique que l’on peut dater de la révolution française, qui, ne l’oublions pas, fut menée par de très jeunes gens. Cette rupture historique met fin (symboliquement) à la Royauté, et aux privilèges de la naissance engendrant dans le même coup un déclin annoncé du patriarcat et la promotion de l’éducation et de la fraternité. Education et fraternité sont les ingrédients même qui donneront naissance à l’adolescence. Les enfants de la bourgeoisie au XIXème siècle –exclusivement les garçons- accèdent à l’éducation dans les collèges, et le compagnonnage s’étend considérablement chez les artisans. C’est ainsi qu’émerge au XIXème siècle ce que l’historienne Agnès Thiercé[1] nomme l’Age de Classe –encore réservé aux seul garçons pubères en cours d’instruction ou d’apprentissage.

– C’est vers 1850 que le terme d’adolescence commence à apparaître dans les dictionnaires, dans la littérature et dans les médias. C’est à cette époque, par exemple, que les journaux parisiens rendent compte de la criminalité adolescente des « Apaches ». L’historienne Michelle Perrot[2] parle d’une adolescence « d’emblée médiatique, psychopathologique et morbide« . Le sociologue Emile Durkheim (1858-1917) écrit ainsi dans son livre « Le suicide » paru en 1897 : « L’appétit sexuel de l’adolescent le porte à la violence, à la brutalité, voire au sadisme. Il a le goût du viol et du sang ».

– La généralisation de l’obligation scolaire au début du XXème siècle permet une unification de l’adolescence en une classe d’âge, élargie à l’ensemble de la jeunesse (Agnès Thiercé).

Dès lors, si l’entrée dans l’adolescence semble toujours bornée par la physiologie de la puberté, le terme de ce « passage adolescent » semble s’étirer inexorablement au fil du temps.

Bien que toujours parée de cette aura de dangerosité, l’adolescence apparaît aujourd’hui comme l’idéal d’une société jeuniste qui dénie la mort et promeut l’hygiénisme et la performance : l’adolescence est-elle le stade ultime de l’humanité ?

Singularité subjective

– Comme souvent, la littérature apparaît pionnière aussi dans l’exploration de l’âme adolescente.  Précurseur, Jean-Jacques Rousseau écrit en 1762 dans « Emile ou de l’éducation » : « La puberté dépasse le cadre d’un événement physiologique, celui d’une brève transition, pour devenir un âge ; la notion s’élargit du biologique au social », soit ce qu’il appelle « une seconde naissance ».

Pour ne citer que quelques grands auteurs : « L’adolescent » de Dostoïevski en 1875, « Les désarrois de l’élève Törless » de Musil en 1908, et « Le grand Meaulnes » d’Alain Fournier en 1913.

– Les premiers écrits dits scientifiques se rapportant à l’adolescence sont imprégnés de ce qu’Agnès Thiercé appelle « la pédagogie de la méfiance« . Il s’agit des américains W. H. Burnham qui publie l’article « The studies of adolescence » en 1891, et surtout du livre de Stanley Hall, « Adolescence« , paru en 1904. Stanley Hall faisait partie de l’école évolutionniste américaine, théorie anthropologique qui présuppose l’existence de lois immanentes à l’œuvre dans l’histoire humaine, et qui connaît encore de beaux jours avec la recrudescence de l’obscurantisme religieux. Pour Stanley Hall, l’adolescence est une manifestation de l’atavisme primitif, un retour aux sociétés humaines non encore civilisées. Etrangement, c’est sur l’invitation de Stanley Hall que Freud se rend aux Etats Unis en 1910 pour y tenir une série de 5 conférences.

– Vient ensuite le temps des éducateurs et des pédagogues. Nous verrons qu’ils laisseront une trace indélébile dans l’histoire du soin aux adolescents.

Pierre Mandousse est l’un des premiers à dédramatiser la perception de l’adolescence avec « L’âme de l’adolescent » paru en 1909, puis « Du dressage à l’éducation » en 1911. Pour Mandousse, loin de fustiger cet âge ingrat, il s’agit de forger l’adulte idéal en conservant les vertus de l’adolescence (curiosité, fraternité), tout en combattant ses défauts (instabilité, violence).

Dans le même esprit, Gabriel Compayré (1843-1913) eut une grande influence sur l’école républicaine à la française durant la 3ème république. Il publie en 1910 « L’adolescent« , dans lequel il prône une « pédagogie raisonnée » qui s’appuie sur « une connaissance préalable et fortement établie de la psychologie propre à l’enfant et l’adolescent« .

Il est en France l’initiateur de la psychopédagogie, qui sera développée, entre autres, par Maria Montessori (1870-1952) en Italie, avec sa méthode d’éducation sensorielle ; pat Ovide Decroly (1871-1932) en Belgique, avec son école de la vie, et par Célestin Freinet (1896-1966) avec sa pédagogie active.

Enfin, il faut noter la grande influence de Maurice Debesse (1903-1998) qui publie en 1936 « La crise d’adolescence juvénile« , puis en 1943 le « Que sais-je » sur « L’adolescence« . Depuis, la crise d’adolescence est une expression qui a fait florès. Debesse y voit une des façons d’affirmer sa propre identité, et une étape du développement commune à toue. Il promeut une pédagogie d’accompagnement de la crise.

– Autour du pasteur Pfister à Zurich se développe un mouvement de pédagogie psychanalytique[3] dans lequel figurera par exemple Alice Balint (1898-1939) et Siegfried Bernfeld (1892-1953), auteur de « La psychanalyse dans les mouvements de jeunesse » en 1919.

August Aichhorn (1878-1949) est éducateur et psychanalyste à Vienne. Il s’occupe d’institutions spécialisées dans la jeunesse délinquante. Il prône un soin guidé par le soucis de soi et des autres en employant toutes formes de médiations, comme la parole et le langage. Il publie en 1925 « Jeunesse à l’abandon« , préfacé par Freud him self (Œuvres complètes, Tome XVII).

– L’adolescence en tant que telle n’apparaît pas dans le corpus théorique freudien. Néanmoins, Freud aborde spécifiquement la problématique pubertaire dans le 3ème chapitre des « Trois essais sur la sexualité« , paru en 1905 et remanié jusqu’en 1924 : c’est dire l’importance qu’il attachait à cette période. Nous nous y arrêterons plus longuement.

Ernest Jones, le biographe de Freud, publie en 1922 « L’adolescent et quelques uns de ses problèmes » (« Théorie et pratique de la psychanalyse« , Payot). A l’encontre de Freud, qui, on le verra, décrit des processus spécifiques à la période pubertaire, Jones estime que l’adolescence ne serait que la simple récapitulation de la petite enfance.

Il y a aussi tout le travail d’Anna Freud et de Mélanie Klein, sur lesquels nous aurons peut-être l’occasion de revenir.

– Après une vaine tentative d’Henri Wallon pendant le Front Populaire –ce que l’on appelle le plan Langevin-Wallon, c’est le gouvernement de Vichy qui met en place les A.R.S.E.A., Associations Régionales pour la Sauvegarde de l’Enfance et de l’Adolescence.

En 1946 le psychanalyste Georges Mauco (1899-1988) ouvre le premier centre psychopédagogique dans les locaux du lycée Claude Bernard à Paris. Au fil des années le rejoindront les psychanalystes Jacques Berges, Juliette Favez-Boutonnier, Françoise Dolto, Diatkine et Lebovici.

Ce fut l’ancêtre des CMPP, dont la naissance officielle date de 1963. L’appellation même rappelle ce long cousinage avec l’éducatif.

Pierre Mâle, sur lequel nous reviendrons plus longuement, créé en 1948 à l’hôpital Henri Rousselle un « centre de guidance infantile et juvénile ». Pierre Mâle est psychiatre, psychanalyste, condisciple de Lacan à St Anne. Il publie en 1964 « Psychothérapie de l’adolescent« .

– A partir des années 60, marquées par les révoltes de la jeunesse que l’on sait, les études psychanalytiques sur l’adolescence se multiplient. Nous reviendrons sur certaines de ces contributions.

Donald Winnicot (1896-1971) influence durablement le travail auprès des adolescents en prônant l’accompagnement bienveillant de ce qu’il considère comme un processus structurel normal et nécessaire, né des difficultés liées à la crise pubertaire. Il publie en 1962 l’article « L’adolescent » que l’on retrouve dans son livre « De la pédiatrie à la psychanalyse » (Payot) sur lequel nous reviendrons.

Mauses Laufer (1928-2006) ouvre à Londres en 1960 un centre de consultation pour adolescents, le « Youg People Consultation Center ». Il développe la notion de « Breakdown« , processus psychopathologique spécifique de l’adolescence, consistant en une cassure, une impasse ou un arrêt prématuré du développement psychique de l’adolescent. Il publie en 1984 « Adolescence et rupture de développement ».

Enfin, bien sûr Françoise Dolto (1908-1988), pédiatre et psychanalyste amie de Lacan. Dolto théorise ce qu’elle appelle les castrations symboligènes successives, soit l’effet symbolique de la castration progressive des symboles infantiles dans le processus de maturation de l’être parlant. Concernant spécifiquement l’adolescence, seront publiés en 1988 « La cause des adolescente« , et en 1989 « Parole pour adolescents ou le complexe du homard« .

– Les auteurs français contemporains ne manquent pas, ils ont tous en commun une pratique clinique et psychanalytique dans des institutions spécialisées dans l’adolescence et beaucoup sont titulaires de chaire d’enseignement à l’université :

  • Philippe Jeammet : « La psychiatrie de l’adolescent aujourd’hui« , 1986; « L’adolescence« , 2004; « Pour nos ados, soyons adultes« , 2008; etc.
  • Alain Braconnier : « Psychopathologie de l’adolescent« , 1988; « Les adieux à l’enfance« , 1994; « Le guide de l’adolescence« , 1999; etc.
  • Jean-Jacques Rassial : « L’adolescent et le psychanalyste« , 1990; « Le passage adolescent« , 1998; etc.
  • Philippe Gutton : « Cure en adolescence« , 2000; « Le pubertaire », 2003; « Le génie adolescent« , 2008; etc.
  • Patrick Delaroche : « Adolescence : enjeux cliniques et thérapeutiques« , 2000; « Psychanalyse de l’adolescent« , 2005; etc.
  • Didier Lauru : « Le transfert adolescent ?« , 2002; « La folie adolescente« , 2004; etc.
  • Serge Lesourd : « Adolescences…Rencontre du féminin« , 2002; « La construction adolescente« , 2005; etc.

Nouage

– L’adolescence est naît assez récemment dans notre civilisation, nous sommes la 1ère ou la seconde génération a avoir vécu une réelle adolescence, en tant que phénomène générationnel.

– D’emblée, il s’est agi de dédramatiser l’impact –dans le social, de cette nouvelle donne dans le développement de l’être parlant.

– C’est que le « symptôme adolescent » (et non le symptôme de l’adolescent) s’exprime préférentiellement dans le social, au sein de la famille ou à l’école.

– Après Freud, il a fallu un certain temps … de latence pour que les psychanalystes prennent en compte la singularité de la clinique adolescente.

– De la pathologisation des premiers temps en passant par la normativité de la crise d’adolescence, le « care » aux adolescents s’entend depuis Pierre Mâle et Winnicott comme accompagnement d’un processus psychique parfois difficile.

– La profusion actuelle des écrits psychanalytiques sur l’adolescence et de ses avatars, notamment addictifs, rend compte de l’actualité de ce que certains appellent une nouvelle clinique.

Christian Colbeaux 19/10/09

 

[1] Agnès Thiercé, Histoire de l’adolescence 1850-1914, Belin 1999.

[2] Michelle Perrot, Adolescences, un pluriel à l’étude des historiens, Adolescence N°1, 1985.

[3] Danielle Milhaud-Cappe, Freud et le mouvement de pédagogie psychanalytique : 1908-1937, Vrin, 2007.

Le syndrome de Pokémon

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Introduction aux Cinquièmes rencontres de l’Unité de Soins et d’Information sur les Drogues, »Toxicomanies et Parentalités », 25 Septembre 2000, DOUAI

La famille patriarcale est une espèce en voie de disparition dans nos sociétés. C’est à cette institution que Freud attribuait la responsabilité de la genèse des symptômes névrotiques. L’invention de la psychanalyse est d’ailleurs déjà le signe de la destitution progressive du Pater Familias dés le XIX ème siècle. Pour se donner une idée, on peut dater le début de la fin du patriarcat avec la révolution française et le Roi Soleil à la guillotine. Les philosophes évoquent alors la mort de Dieu et l’ère dite moderne s’ouvre sur l’hégémonie des sciences et des technologies.

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Du père aux pairs

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Intervention à la Journée de l’Ecole Psychanalytique du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme, « Œdipe 2000 et au-delà… », 16 Octobre 1999, DUNKERQUE

Pour parler de la fonction paternelle, je vais me référer à une pratique que j’ai auprès de personnes toxicomanes à DOUAI, et à un travail qui se poursuit depuis 2 ans dans un groupe de l’Ecole.

Depuis quelque temps, dans les centres de soins aux toxicomanes, nous sommes confrontés à de nouveaux produits (l’Ecstasy et ses dérivés, bien sûr, mais aussi la Kétamine, le Crack, l’ICE qui est une amphétamine injectable, etc.), ainsi qu’à de nouveaux usages, comme l’intoxication à haute dose au Cannabis, la pharmacodépendance aux benzodiazépines, et surtout à ce que l’on appelle les polytoxicomanies.

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OGM, OMC and Co

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Introduction aux Quatrièmes rencontres de l’Unité de Soins et d’Information sur les Drogues, « Dopage et nouvelles drogues, Douai, 23/09/99

Le travail préparatoire à cette journée nous a permis de penser que le dopage n’était pas l’apanage médiatisé de professionnels de haut niveau, mais une pratique courante de nombreuses disciplines sportives, et même de sports non compétitifs !

Dopage et nouvelles drogues apparaissent tous deux comme des phénomènes de masse récents, promus par la modernité chimique. Tous deux répondent aux aspirations de cette fin de siècle, au culte de la performance et à l’idéal consumériste. Bien plus, dopage et nouvelles drogues bénéficient des avancées économiques de ces dernières années, avec une industrie délocalisée, une mafia mondialisée et un arasement des particularismes culturels.

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D’une jouissance, l’autre

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Intervention aux 20èmes Journées de l’Association Nationale des Intervenants en Toxicomanies, « Toxicomanie : une addiction parmi d’autres », 06 juin 1999, MONTPELLIER

L’absence d’interrogation dans l’intitulé de ces journées relève sans doute du lapsus : Toxicomanie : une addiction parmi d’autres.  Un lapsus qui dévoile toute l’ambiguïté de l’emploi du terme d’addiction.

L’addiction nous revient des anglo-saxons après avoir longtemps signifié dans l’Europe du Moyen-Age la contrainte par corps, imposée à celui qui ne pouvait s’acquitter de ses dettes : il payait de sa personne.

L’ennui avec une telle nosographie comportementale issue du DSM IV, c’est par exemple qu’elle a déjà réglé son compte à l’hystérie, qui a disparue corps et âme. Que l’on voudrait se débarrasser des toxicomanies, que l’on ne s’y prendrait pas autrement !

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Sorcellerie et toxicomanie

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Intervention aux XVIIèmes Journées de REIMS pour une clinique du toxicomane, « Traitements de substitution et Politique de substitution : vers une clinique du social », 27/28 Novembre 1998, REIMS

A l’approche de l’an 1000, l’Europe est parcourue par de terrifiantes bandes de malheureux assoiffés de martyrs ou de massacres.

Les suicides collectifs et les exodes de masse se multiplient, c’est le « retournement du monde ».

Inquiète, l’Eglise Catholique au pouvoir tente de canaliser ces mouvements de foule en lançant les croisades au cri de « Dieu le veut ! ».

Durant toute la première moitié de notre millénaire, la population est en proie aux invasions de barbares, aux épidémies de peste et aux famines. L’emprise religieuse maintient le statut quo féodal.

Dans le même temps se développent des pratiques de sorcellerie, qui viennent ainsi répondre au marasme de masse.

La confection de philtres psychotropes, l’organisation de lubriques sabbats et les jeteurs de sorts dévoilent la faillite de l’implacable discours du Maître religieux.

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Drogue et guerre civile

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Intervention aux XVIèmes Journées de REIMS pour une clinique du toxicomane « Politique et Interprétation », 28/29 Novembre 1997, REIMS

Il y a 100 ans, la psychanalyse est née de ce qui pouvait s’entendre de la parole de l’hystérique : la nature signifiante du symptôme.

Je propose une interprétation de la politique de santé publique en matière de toxicomanie ; une interprétation à propos de cet isomorphisme qui lierait une symptomatologie à la pratique thérapeutique inventée à son encontre.

La question est : que nous enseigne en matière de toxicomanie la politique de soins aujourd’hui ?

La politique, c’est la substitution. Substitution de drogue, mais aussi substitution d’organe, de travail, de conjoint… et de politique. Le Réel est ce qui revient toujours à la même place.

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Les toxicomanes sont mal barrés

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Intervention aux Journées de l’Association Freudienne Internationale, Toxicomanies : « Les psychanalystes et la méthode chimique », PARIS, 25/26 Janvier 1997.

« Le Prisonnier »

Vous connaissez sans doute ce feuilleton télévisé des années 70/80, dont les épisodes débutent invariablement par une intoxication faite au héros, agent secret démissionnaire.

Cet espion se réveille dans une sorte de village virtuel où, à l’image de ses habitants qui s’interpellent par leur numéro, tout est mis en oeuvre pour devancer les désirs et ordonner en toute convivialité la vie quotidienne.

Il n’y a plus à se préoccuper de quoi que ce soit, et notre agent secret est sommé de faire taire ses doutes et ses interrogations, mais aussi de livrer les renseignements qu’il détient, car ce paradis a un prix, celui d’un savoir qui lui serait propre.

La vigilante surveillance de « L’Organisation » est là pour répondre à tout et à tous selon leurs souhaits, puisque, de ce village, de toutes les façons, il n’y a pas moyen d’y échapper.

C’est la série-culte, « Le Prisonnier », dont le village de Portmeirion a été reconstitué au Pays de Galles, sous la houlette de l’acteur Patrick McGoohan, qui ne s’est jamais remis de ce rôle.

Eh bien, la drogue c’est comme ça, la drogue agit à peu prés de cette façon: c’est en tout cas ce que m’ont appris les toxicomanes que je rencontre. L’injection faite, le sujet à la toxicomanie évolue dans un monde parallèle, un monde virtuel d’où est exclue toute inhibition, toute crainte, toute interrogation.

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