IV/ Le narcissisme des petites différences

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1/ Le processus civilisationnel en cours chez les êtres humains, en tant qu’ils parlent, consiste en une dynamique sociale et culturelle qui organise de façon de plus en plus élaborée les relations des hommes entre-eux.

Pour Freud, c’est la libido du sujet, seule énergie réellement malléable, qui est détournée au profit de la socialité, soit ce que Lacan traduira par l’instance du désir, celle-là même qui imprègne dans les dessous le dire du sujet : « Il n’y a d’autre malaise de la culture que le malaise du désir » (« Le désir et son interprétation », 03/06/1959).

Il n’y a pas que le sexuel, perverti par le dire, dont souffre l’être parlant, et Freud souligne qu’une communauté d’amoureux ne serait pas viable. Il suffit de penser au « Flower Power » des années 60, et de l’éphémère éclosion de la vie communautaire en Europe au début des années 70.

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III/ Au commencement était le verbe

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1. Sigmund Freud poursuit ce qu’il appelle son « étude sur le bonheur », soit la façon pour l’homme de mettre à distance les 3 sources de « la souffrance humaine » : la puissance de la nature, la caducité du corps, et les relations des hommes entre eux. Ce qui nous indique un ternaire, nature/corps/social, par lequel le sujet s’éprouve, autrement dit, un ternaire auquel le sujet ex-siste. Et parce qu’il n’est d’autre réalité que symptomatique, Lacan soulignera la joui-sens de l’être comme paradigmatique de la condition humaine. Ce ternaire freudien nature/corps/social apparaît par ailleurs comme l’ancêtre du ternaire lacanien, réel/imaginaire/symbolique, auquel il s’apparente sans pour autant s’y identifier.

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II/ En réponse à Romain Rolland

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Freud écrit Le malaise en réponse à Romain Rolland, avec lequel il a poursuivi un intense dialogue épistolaire de 1923 à 1936. Romain Rolland (1866 – 1944) a reçu le prix Nobel de littérature en 1915 pour son roman Jean Christophe qui compte pas moins que 10 volumes. Réfugié en Suisse à partir de 1914, il sera l’un des fondateurs de la Croix Rouge. Militant pacifiste et compagnon de route de la 3ème Internationale, Romain Rolland a publié en 1924 un livre sur Gandhi.

Romain Rolland a fait part à Freud de son objection aux thèses que ce dernier développe dans L’avenir d’une illusion, paru en 1927. L’écriture du Malaise deux ans plus tard constitue donc la réponse de Freud.

Dans L’avenir, Freud passe la religion au crible de l’exploration psychanalytique. Il définit tout d’abord la culture comme tout ce en quoi la vie humaine s’est élevée au dessus de ses conditions animales. Le savoir produit par l’être humain doit lui permettre de dominer la nature, de satisfaire ses besoins et de régler les relations des hommes entre eux.

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I/ Das Unbehagen in der Kultur

2018_COLBEAUX_Actualite_du_MalaiseSigmund Freud écrit la première version de ce texte en juillet 1929, alors qu’il est en villégiature comme souvent à Berchtesgaden, en Bavière, là même où, ironie de l’histoire, Adolf Hitler installera plus tard son « nid d’aigle ». Le 28 juillet 1929, il écrit à Lou Andréas Salomé : On ne peut pas fumer et jouer aux cartes toute la journée (…) Pendant ce travail, j’ai redécouvert les vérités les plus banales.

Freud est alors âgé de 73 ans, son œuvre est derrière lui, et il est diminué par son état de santé, les douleurs provoquées par son cancer de la mâchoire diagnostiqué en 1923, et par la prothèse qu’il porte après une longue série d’interventions chirurgicales. Il écrit ainsi à Ferenczi le 13 décembre 1929 : la plus grande partie de mon activité doit être consacrée au maintien de cette fraction de santé dont j’ai besoin pour poursuivre mon travail journalier. Une véritable mosaïque de mesures thérapeutiques doit être constituée pour obliger mes divers organes à agir dans ce sens.

Sur les conseils de Marie Bonaparte, sa muse française, Freud se dote en cette année 1929 d’un médecin personnel en la personne de Max Schur (1887 – 1969).  D’origine polonaise, Max Schur entreprend des études de médecine à Vienne, et il assiste à des conférences de Freud. Analysé par Ruth Mack Brunswick, analysante de Freud et seconde analyste de « l’homme aux loups », il intègre la société viennoise de psychanalyse en 1931. Max Schur suivra Freud dans son exil londonien en 1939, et il tiendra la promesse qu’il avait faite à Freud en lui administrant le 23 septembre 1939 une dose mortelle de morphine. Il rejoignit alors New York, où il exerça comme psychanalyste.

Daté de 1930, le livre paraît en décembre 1929, soit peu de temps après la « mardi noir », qui vit s’effondrer les cours de la bourse aux Etats Unis, engageant le reste du monde dans la « grande dépression » qui suivit. En septembre 1930, le parti nazi d’Adolf Hitler remporte la majorité au Reichstag, le parlement allemand. Dès 1936, les livres de Freud, parmi d’autres, font l’objet d’autodafés par les autorité allemandes. Le 12 mars 1938, c’est l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne. Freud ne partira qu’en juin 1938 pour Londres, sur l’insistance et grâce aux relations de Marie Bonaparte.

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Histoire de l’adolescence dans la psychanalyse

ado    L’adolescence apparaît comme un concept limite entre un phénomène social, avec ses coordonnées historiques ; et un processus de maturation subjective, et ses implications psychologiques. L’histoire –récente, de l’adolescence est ainsi marquée par cette intrication, ce nouage entre le sociétal et le subjectif.

Contexte social

– Le terme d’adolescent semble provenir du latin « adulescens », littéralement « celui qui est en train de croître » ; mais il désignait à Rome les jeunes gens, susceptibles d’être mariés depuis la puberté, et ayant acquis la citoyenneté à l’âge de 17 ans : il s’agissait donc bien plus de leur statut social que de leur développement psychique. Les sociétés dites primitives disposaient de rites d’initiation plus ou moins complexes qui introduisaient l’enfant pubère au monde adulte. Longtemps, dans les sociétés occidentales, le mariage, l’enrôlement militaire ou l’entrée dans les ordres religieux scellaient ce passage de l’enfant pubère à l’âge adulte.

– La notion d’adolescence comme période intermédiaire entre l’enfance et l’âge adulte témoigne d’une rupture dans l’ordre symbolique que l’on peut dater de la révolution française, qui, ne l’oublions pas, fut menée par de très jeunes gens. Cette rupture historique met fin (symboliquement) à la Royauté, et aux privilèges de la naissance engendrant dans le même coup un déclin annoncé du patriarcat et la promotion de l’éducation et de la fraternité. Education et fraternité sont les ingrédients même qui donneront naissance à l’adolescence. Les enfants de la bourgeoisie au XIXème siècle –exclusivement les garçons- accèdent à l’éducation dans les collèges, et le compagnonnage s’étend considérablement chez les artisans. C’est ainsi qu’émerge au XIXème siècle ce que l’historienne Agnès Thiercé[1] nomme l’Age de Classe –encore réservé aux seul garçons pubères en cours d’instruction ou d’apprentissage.

– C’est vers 1850 que le terme d’adolescence commence à apparaître dans les dictionnaires, dans la littérature et dans les médias. C’est à cette époque, par exemple, que les journaux parisiens rendent compte de la criminalité adolescente des « Apaches ». L’historienne Michelle Perrot[2] parle d’une adolescence « d’emblée médiatique, psychopathologique et morbide« . Le sociologue Emile Durkheim (1858-1917) écrit ainsi dans son livre « Le suicide » paru en 1897 : « L’appétit sexuel de l’adolescent le porte à la violence, à la brutalité, voire au sadisme. Il a le goût du viol et du sang ».

– La généralisation de l’obligation scolaire au début du XXème siècle permet une unification de l’adolescence en une classe d’âge, élargie à l’ensemble de la jeunesse (Agnès Thiercé).

Dès lors, si l’entrée dans l’adolescence semble toujours bornée par la physiologie de la puberté, le terme de ce « passage adolescent » semble s’étirer inexorablement au fil du temps.

Bien que toujours parée de cette aura de dangerosité, l’adolescence apparaît aujourd’hui comme l’idéal d’une société jeuniste qui dénie la mort et promeut l’hygiénisme et la performance : l’adolescence est-elle le stade ultime de l’humanité ?

Singularité subjective

– Comme souvent, la littérature apparaît pionnière aussi dans l’exploration de l’âme adolescente.  Précurseur, Jean-Jacques Rousseau écrit en 1762 dans « Emile ou de l’éducation » : « La puberté dépasse le cadre d’un événement physiologique, celui d’une brève transition, pour devenir un âge ; la notion s’élargit du biologique au social », soit ce qu’il appelle « une seconde naissance ».

Pour ne citer que quelques grands auteurs : « L’adolescent » de Dostoïevski en 1875, « Les désarrois de l’élève Törless » de Musil en 1908, et « Le grand Meaulnes » d’Alain Fournier en 1913.

– Les premiers écrits dits scientifiques se rapportant à l’adolescence sont imprégnés de ce qu’Agnès Thiercé appelle « la pédagogie de la méfiance« . Il s’agit des américains W. H. Burnham qui publie l’article « The studies of adolescence » en 1891, et surtout du livre de Stanley Hall, « Adolescence« , paru en 1904. Stanley Hall faisait partie de l’école évolutionniste américaine, théorie anthropologique qui présuppose l’existence de lois immanentes à l’œuvre dans l’histoire humaine, et qui connaît encore de beaux jours avec la recrudescence de l’obscurantisme religieux. Pour Stanley Hall, l’adolescence est une manifestation de l’atavisme primitif, un retour aux sociétés humaines non encore civilisées. Etrangement, c’est sur l’invitation de Stanley Hall que Freud se rend aux Etats Unis en 1910 pour y tenir une série de 5 conférences.

– Vient ensuite le temps des éducateurs et des pédagogues. Nous verrons qu’ils laisseront une trace indélébile dans l’histoire du soin aux adolescents.

Pierre Mandousse est l’un des premiers à dédramatiser la perception de l’adolescence avec « L’âme de l’adolescent » paru en 1909, puis « Du dressage à l’éducation » en 1911. Pour Mandousse, loin de fustiger cet âge ingrat, il s’agit de forger l’adulte idéal en conservant les vertus de l’adolescence (curiosité, fraternité), tout en combattant ses défauts (instabilité, violence).

Dans le même esprit, Gabriel Compayré (1843-1913) eut une grande influence sur l’école républicaine à la française durant la 3ème république. Il publie en 1910 « L’adolescent« , dans lequel il prône une « pédagogie raisonnée » qui s’appuie sur « une connaissance préalable et fortement établie de la psychologie propre à l’enfant et l’adolescent« .

Il est en France l’initiateur de la psychopédagogie, qui sera développée, entre autres, par Maria Montessori (1870-1952) en Italie, avec sa méthode d’éducation sensorielle ; pat Ovide Decroly (1871-1932) en Belgique, avec son école de la vie, et par Célestin Freinet (1896-1966) avec sa pédagogie active.

Enfin, il faut noter la grande influence de Maurice Debesse (1903-1998) qui publie en 1936 « La crise d’adolescence juvénile« , puis en 1943 le « Que sais-je » sur « L’adolescence« . Depuis, la crise d’adolescence est une expression qui a fait florès. Debesse y voit une des façons d’affirmer sa propre identité, et une étape du développement commune à toue. Il promeut une pédagogie d’accompagnement de la crise.

– Autour du pasteur Pfister à Zurich se développe un mouvement de pédagogie psychanalytique[3] dans lequel figurera par exemple Alice Balint (1898-1939) et Siegfried Bernfeld (1892-1953), auteur de « La psychanalyse dans les mouvements de jeunesse » en 1919.

August Aichhorn (1878-1949) est éducateur et psychanalyste à Vienne. Il s’occupe d’institutions spécialisées dans la jeunesse délinquante. Il prône un soin guidé par le soucis de soi et des autres en employant toutes formes de médiations, comme la parole et le langage. Il publie en 1925 « Jeunesse à l’abandon« , préfacé par Freud him self (Œuvres complètes, Tome XVII).

– L’adolescence en tant que telle n’apparaît pas dans le corpus théorique freudien. Néanmoins, Freud aborde spécifiquement la problématique pubertaire dans le 3ème chapitre des « Trois essais sur la sexualité« , paru en 1905 et remanié jusqu’en 1924 : c’est dire l’importance qu’il attachait à cette période. Nous nous y arrêterons plus longuement.

Ernest Jones, le biographe de Freud, publie en 1922 « L’adolescent et quelques uns de ses problèmes » (« Théorie et pratique de la psychanalyse« , Payot). A l’encontre de Freud, qui, on le verra, décrit des processus spécifiques à la période pubertaire, Jones estime que l’adolescence ne serait que la simple récapitulation de la petite enfance.

Il y a aussi tout le travail d’Anna Freud et de Mélanie Klein, sur lesquels nous aurons peut-être l’occasion de revenir.

– Après une vaine tentative d’Henri Wallon pendant le Front Populaire –ce que l’on appelle le plan Langevin-Wallon, c’est le gouvernement de Vichy qui met en place les A.R.S.E.A., Associations Régionales pour la Sauvegarde de l’Enfance et de l’Adolescence.

En 1946 le psychanalyste Georges Mauco (1899-1988) ouvre le premier centre psychopédagogique dans les locaux du lycée Claude Bernard à Paris. Au fil des années le rejoindront les psychanalystes Jacques Berges, Juliette Favez-Boutonnier, Françoise Dolto, Diatkine et Lebovici.

Ce fut l’ancêtre des CMPP, dont la naissance officielle date de 1963. L’appellation même rappelle ce long cousinage avec l’éducatif.

Pierre Mâle, sur lequel nous reviendrons plus longuement, créé en 1948 à l’hôpital Henri Rousselle un « centre de guidance infantile et juvénile ». Pierre Mâle est psychiatre, psychanalyste, condisciple de Lacan à St Anne. Il publie en 1964 « Psychothérapie de l’adolescent« .

– A partir des années 60, marquées par les révoltes de la jeunesse que l’on sait, les études psychanalytiques sur l’adolescence se multiplient. Nous reviendrons sur certaines de ces contributions.

Donald Winnicot (1896-1971) influence durablement le travail auprès des adolescents en prônant l’accompagnement bienveillant de ce qu’il considère comme un processus structurel normal et nécessaire, né des difficultés liées à la crise pubertaire. Il publie en 1962 l’article « L’adolescent » que l’on retrouve dans son livre « De la pédiatrie à la psychanalyse » (Payot) sur lequel nous reviendrons.

Mauses Laufer (1928-2006) ouvre à Londres en 1960 un centre de consultation pour adolescents, le « Youg People Consultation Center ». Il développe la notion de « Breakdown« , processus psychopathologique spécifique de l’adolescence, consistant en une cassure, une impasse ou un arrêt prématuré du développement psychique de l’adolescent. Il publie en 1984 « Adolescence et rupture de développement ».

Enfin, bien sûr Françoise Dolto (1908-1988), pédiatre et psychanalyste amie de Lacan. Dolto théorise ce qu’elle appelle les castrations symboligènes successives, soit l’effet symbolique de la castration progressive des symboles infantiles dans le processus de maturation de l’être parlant. Concernant spécifiquement l’adolescence, seront publiés en 1988 « La cause des adolescente« , et en 1989 « Parole pour adolescents ou le complexe du homard« .

– Les auteurs français contemporains ne manquent pas, ils ont tous en commun une pratique clinique et psychanalytique dans des institutions spécialisées dans l’adolescence et beaucoup sont titulaires de chaire d’enseignement à l’université :

  • Philippe Jeammet : « La psychiatrie de l’adolescent aujourd’hui« , 1986; « L’adolescence« , 2004; « Pour nos ados, soyons adultes« , 2008; etc.
  • Alain Braconnier : « Psychopathologie de l’adolescent« , 1988; « Les adieux à l’enfance« , 1994; « Le guide de l’adolescence« , 1999; etc.
  • Jean-Jacques Rassial : « L’adolescent et le psychanalyste« , 1990; « Le passage adolescent« , 1998; etc.
  • Philippe Gutton : « Cure en adolescence« , 2000; « Le pubertaire », 2003; « Le génie adolescent« , 2008; etc.
  • Patrick Delaroche : « Adolescence : enjeux cliniques et thérapeutiques« , 2000; « Psychanalyse de l’adolescent« , 2005; etc.
  • Didier Lauru : « Le transfert adolescent ?« , 2002; « La folie adolescente« , 2004; etc.
  • Serge Lesourd : « Adolescences…Rencontre du féminin« , 2002; « La construction adolescente« , 2005; etc.

Nouage

– L’adolescence est naît assez récemment dans notre civilisation, nous sommes la 1ère ou la seconde génération a avoir vécu une réelle adolescence, en tant que phénomène générationnel.

– D’emblée, il s’est agi de dédramatiser l’impact –dans le social, de cette nouvelle donne dans le développement de l’être parlant.

– C’est que le « symptôme adolescent » (et non le symptôme de l’adolescent) s’exprime préférentiellement dans le social, au sein de la famille ou à l’école.

– Après Freud, il a fallu un certain temps … de latence pour que les psychanalystes prennent en compte la singularité de la clinique adolescente.

– De la pathologisation des premiers temps en passant par la normativité de la crise d’adolescence, le « care » aux adolescents s’entend depuis Pierre Mâle et Winnicott comme accompagnement d’un processus psychique parfois difficile.

– La profusion actuelle des écrits psychanalytiques sur l’adolescence et de ses avatars, notamment addictifs, rend compte de l’actualité de ce que certains appellent une nouvelle clinique.

Christian Colbeaux 19/10/09

 

[1] Agnès Thiercé, Histoire de l’adolescence 1850-1914, Belin 1999.

[2] Michelle Perrot, Adolescences, un pluriel à l’étude des historiens, Adolescence N°1, 1985.

[3] Danielle Milhaud-Cappe, Freud et le mouvement de pédagogie psychanalytique : 1908-1937, Vrin, 2007.

Le rendez-vous est toujours manqué

la nasseEn cette année 1964 qui verra la naissance de la Société Freudienne de Paris, et l’exclusion –l’excommunication dira-t-il, ipso facto de l’I.P.A. ; Lacan tient pour la première fois son séminaire à l’Ecole Normale Supérieure. Ce nouveau lieu sera l’occasion d’un accroissement considérable de son audience, bien au-delà du sérail psychanalytique : c’est le début de la « pipolisation » de Jacques Lacan, il est âgé de 63 ans.

Dix ans après son retour à Freud, il se propose d’aborder les concepts fondamentaux de la psychanalyse dans une perspective scientifique : « aborder les fondements de la psychanalyse suppose que nous y apportions, entre les concepts majeurs qui la fondent, une certaine cohérence » L’articulation des 4 concepts fondamentaux de la psychanalyse avec la trilogie du Réel, du Symbolique et de l’Imaginaire est chargée d’assurer cette cohérence.

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Spéculation : en deçà du principe de plaisir ?

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 « Ce qui suit est spéculation, une spéculation qui remonte bien loin et que chacun, selon ses dispositions, personnelles, prendra ou non en considération. C’est aussi une tentative pour exploiter de façon conséquente une idée, avec la curiosité de voir où cela menait »  [1]

« Je ne suis pas moi-même convaincu et je ne demande pas aux autres d’y croire. Ou plus exactement : je ne sais pas dans qu’elle mesure j’y crois »[2]

            « Nous tenterons ainsi de résoudre l’énigme de la vie »[3]

Il y a plusieurs façons de lire « l’au-delà du principe de plaisir ». Le titre en lui-même tel que Freud l’abrège dans sa correspondance ; « L’au-delà », indique un dessein particulier à ce texte, une portée universelle, philosophique, voire théologique si Freud ne mettait pas en garde : « Je ne demande pas aux autres d’y croire ».

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De la thermodynamique à la topologie

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 » Les pulsions du moi participent à la défense du moi contre son envahissement par la pulsion sexuelle » Freud, (« Troubles psychogènes de la vision dans la conception psychanalytique », in  » Névrose, Psychose, Perversion 1)

En inventant la psychanalyse, Freud ne met pas seulement au point une pratique –celle de l’association libre, mais il indique aussi une théorie dont le point de départ pourrait être : tout symptôme n’est que l’expression d’un conflit psychique. Et plus précisément, le symptôme névrotique témoigne d’une inadéquation entre la libido –en tant que représentant de l’énergie sexuelle, et les exigences du moi. Pour Freud, le conflit est au cœur même de l’activité psychique humaine, et le symptôme est le produit du conflit entre les pulsions sexuelles et les pulsions du moi.

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Un champ de bataille

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Je vous propose aujourd’hui une introduction assez générale à la notion de pulsion, et à son destin. Nous aurons tout le loisir cette année d’en détailler assez précisément chaque aspect, chaque remaniement, en suivant pas à pas le travail d’élaboration de Freud, puis de Lacan qui en fait l’un des 4 concepts fondamentaux de la psychanalyse avec l’inconscient, la répétition, et le transfert, dans le séminaire éponyme qu’il tint en 1964 à l’Ecole Normale Supérieure.

La pulsion est une notion d’autant plus difficile à cerner qu’elle est fondamentalement insaisissable en tant que telle. C’est en quelque sorte du réel qui insiste et qui échappe toujours à sa prise, en tant que telle, par le symbolique ou l’imaginaire. Freud écrira que les pulsions sont des êtres mythiques, une construction mythique au cœur même de la métapsychologie. Lacan lui, préférera parler de fiction, pour mieux mettre l’accent sur le rôle des signifiants dans l’affaire, rôle qu’il déploiera dans l’algorithme de la demande et le graphe du désir.

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L’enfant terrible de la psychanalyse

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Nous reprenons ces séances du séminaire consacrées aux « Ecrits techniques de Freud », que Jacques Lacan consacre à son contemporain Michael Balint. Balint est le fils d’un médecin hongrois, le Dr Bergsmann, et lui-même est diplôme de neuropsychiatrie, de philosophie, de physique-chimie et de biologie. Sa première épouse, Alice Székely-Kovacs est-elle formée à l’anthropologie. Tous 2 entament une cure avec Hanns Sachs à Berlin en 1921 puis, mécontents, ils rentrent à Budapest pour le divan de Sandor Ferenczi. C’est à la fin des années 20 qu’il prend le nom de Balint.

Il émigre en 1939 en Angleterre, d’abord à Manchester, puis après la guerre à Londres. De 1950 à 1953, Balint occupe le poste de secrétaire scientifique de la Société Britannique de Psychanalyse -dont il prendra la présidence en 1968. Michael Balint se tenait prudemment à l’écart des querelles entre Mélanie Klein et Anna Freud.

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